Entre le Nigeria et le Ghana, la « crise de l’oignon » révèle les limites du libre-échange
Ces derniers mois, plusieurs cargaisons d’oignons nigérians ont été saisies sur des marchés ghanéens par des commerçants locaux. En réponse, les négociants nigérians ont interrompu leurs exportations, en raison d’un désaccord sur les règles de distribution sur les marchés ghanéens, avec des enjeux de prix en toile de fond.
Le Ghana représente un marché crucial pour la filière nigériane, avec près de 100 000 tonnes d’oignons exportées chaque année. Les interceptions de camions et la saisie de centaines de tonnes d’oignons sur le marché de Kotoka à Accra ont engendré une montée des tensions, conduisant les acteurs du nord du Nigeria à suspendre leurs livraisons vers le Ghana.
Les négociants nigérians fixent leurs propres prix, ce qui ne passe pas auprès des commerçants ghanéens. David Olujinmi, analyste économique chez SBM Intelligence, explique que les commerçants ghanéens estiment que l’arrivée des oignons nigérians à des prix inférieurs fait baisser les prix localement, rendant les oignons ghanéens moins compétitifs. Un accord tacite a depuis été trouvé, et l’Association nigériane des producteurs, transformateurs et distributeurs d’oignons, as que le différend est terminé.
Cet épisode soulève des interrogations sur le cadre du libre-échange interafricain. David Olujinmi souligne que le Nigeria, avec un excédent commercial significatif en Afrique de l’Ouest, vend beaucoup de produits sans en acheter beaucoup. La faiblesse de la monnaie nigériane rend les produits nigérians plus compétitifs, mais cela crée des pressions politiques au Ghana pour protéger les producteurs locaux, menant à des restrictions informelles.
Paul Akande, chargé de programme à la Commission de la Cédéao, affirme que le différend ne nécessite pas un nouvel accord, les deux pays étant déjà liés par les mécanismes de libre-échange en place. Il insiste sur la nécessité de renforcer l’information auprès des acteurs économiques pour rappeler les règles existantes et encourager la compréhension et la souplesse dans les échanges.
Le commerce entre les pays d’Afrique de l’Ouest continue de progresser. Selon un rapport de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), la région a affiché un taux d’échange intra-régional élevé de 76,1 % l’année dernière, témoignant du dynamisme de plusieurs corridors commerciaux, dont celui reliant la Côte d’Ivoire et le Nigeria.
Source : RFI

