Marine : comment Naval Group et ses 800 partenaires surfent sur 38 milliards de commandes

Naval Group et ses 800 partenaires : un secteur en pleine mutation avec 38 milliards d’euros de commandes

Après deux décennies de déclin dans le secteur civil, l’industrie navale française se redresse grâce à la défense et à la Marine. En 2025, Naval Group et ses 800 partenaires se positionnent sur un carnet de commandes de 38 milliards d’euros, mais cette forte dépendance à 70 % de la commande publique soulève des interrogations quant à la viabilité à long terme.

Le chiffre d’affaires de l’industrie navale française atteint 17,1 milliards d’euros en 2025, avec une progression de 9 % sur un an. La transformation du secteur est marquante : la défense représente désormais 70 % du chiffre d’affaires total, contre seulement 40 % il y a quinze ans. Naval Group, leader dans ce domaine, structure un écosystème de 735 entreprises, employant 59 100 personnes, avec un carnet de commandes soutenu par le porte-avions France Libre et 48 navires militaires en cours de production.

Une mutation du civil vers la défense

La construction navale civile en France est en déclin. Les chantiers spécialisés dans les navires de pêche, les bâtiments offshore et le transport maritime subissent la concurrence asiatique. Des acteurs historiques comme Chantier Naval Bernard et Plasti Pêche ont disparu ou se sont reconvertis, tandis que le civil ne représente plus que 30 % du chiffre d’affaires sectoriel en 2025, contre 60 % au début des années 2000.

Les carnets de commandes civils se vident, et même les segments de niche peinent à compenser l’effondrement des volumes, rendant difficile la concurrence sur les marchés mondiaux. Seuls les Chantiers de l’Atlantique maintiennent une activité significative grâce aux paquebots de croisière haut de gamme, mais ce segment est également en difficulté.

La défense, planche de salut

Face à cette situation, la défense est devenue le principal moteur de l’industrie navale. En 2025, l’activité militaire progresse de 13 %, soutenue par les programmes de la Marine nationale et les exportations. Comme l’indique le GICAN, la commande publique de défense irrigue les grands donneurs d’ordre industriels, impactant l’ensemble des entreprises du secteur.

Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, souligne la nécessité de concevoir un nombre accru de frégates et de sous-marins pour répondre aux enjeux de sécurité maritime. Cela se traduit par un carnet de 48 navires militaires en production, assurant une activité soutenue pour les chantiers français.

Naval Group, acteur clé de l’exportation

Naval Group bénéficie du réarmement européen, avec des contrats majeurs comme celui de la Suède, qui a commandé quatre frégates pour quatre milliards d’euros, et des commandes grecques. Les exportations représentent plus d’un tiers de l’activité totale, en hausse de 13 % sur un an.

La montée des budgets de défense en Europe, face aux menaces géopolitiques, renforce la position de Naval Group comme partenaire privilégié des marines européennes, offrant une alternative aux fabricants américains et britanniques.

Défis et risques pour les PME

Le modèle économique de Naval Group repose sur une intégration verticale, tout en externalisant la fabrication des composants. En mobilisant 800 entreprises pour le projet France Libre, dont 80 % de PME, le groupe dilue les risques tout en maintenant le contrôle sur les technologies critiques.

Cependant, la dépendance des PME aux commandes de Naval Group pose un risque majeur. Les retards ou annulations de programmes militaires pourraient avoir des conséquences désastreuses pour ces entreprises. La visibilité sur les carnets de commandes est essentielle, surtout avec des cycles de commandes alternant entre euphorie et disette.

Perspectives d’avenir

Le GICAN prévoit la création de 9 600 emplois supplémentaires d’ici 2030, portant l’effectif total à près de 69 000 salariés directs. Ces prévisions dépendent du maintien d’un flux régulier de commandes publiques et d’exportations. Le carnet actuel de 38 milliards d’euros pourrait théoriquement soutenir quatre à cinq ans d’activité, mais des incertitudes subsistent, notamment en matière de recrutement de main-d’œuvre qualifiée.

Le marché du travail représente un goulot d’étranglement, avec un déficit d’attractivité pour les métiers navals. Les industriels misent sur la formation et les reconversions professionnelles pour combler ce manque, mais le temps nécessaire pour former des travailleurs qualifiés reste une contrainte significative.

Source : GICAN, Naval Group

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