Dans ma chair, un pays : Nathyfa Michel réinvente le « chez soi »
Développé à Régina, village de Guyane, Dans ma chair, un pays est le fruit d’une exploration de l’artiste visuelle Nathyfa Michel. Cette œuvre constitue une recherche à la fois personnelle et historique sur la notion de « chez soi ».
Nathyfa Michel déclare : « À l’origine de Dans ma chair, un pays, il y avait un besoin viscéral de redéfinir ce qu’est le “chez soi” ». La série, née presque par hasard, se présente comme une toile d’images, articulée autour d’une notion aux frontières poreuses. L’artiste, ayant grandi entre la Guyane et la France métropolitaine, interroge son appartenance, marquée par des héritages multiples et parfois conflictuels. Entre 2022 et 2025, ses créations résonnent entre elles, tentant de saisir la complexité de la réalité de la diaspora, où des histoires sont transmises mais souvent tues.
En 2019, son retour à Régina, son village natal, alimente cette exploration. Michel évoque la disparition progressive de la maison de son grand-père, soulevant des questions concrètes sur son sentiment d’appartenance : « Que vais-je appeler “chez moi” quand elle aura disparu ? » Cette interrogation l’amène à réfléchir sur la manière de redéfinir une appartenance à un territoire, souvent entravée par des contraintes administratives et politiques.
Les images de Michel, où se mêlent corps, nature et mémoire, évoquent une atmosphère d’invisible. Les traces d’un autre vivant s’accrochent au paysage, cherchant à relier le passé au présent. Dans cette narration, elle revendique le « droit à l’opacité », concept d’Édouard Glissant, qui rappelle que le mystère peut coexister avec le désir de clarté. Michel souligne l’importance de ne pas tout montrer, s’intéressant aux zones de troubles et aux images qui demandent au regard de ralentir.
Nathyfa Michel invite à repenser nos modes d’accès au monde, affirmant que « sentir, écouter, respirer, rêver, imaginer sont aussi des modes de savoir ». Son œuvre inscrit son récit intime dans une histoire plus large, englobant les Guyanes, les Caraïbes et l’Amazonie, ainsi que les résistances liées à la terre.
En somme, Dans ma chair, un pays se présente comme une cartographie sensible d’un territoire riche d’échos ancestraux, interrogeant les clés de lecture d’une nature complexe et des récits souvent oubliés.
Source : Fisheye Magazine

