Tour du Monde du Matriarcat : Une Exploration des Sociétés Matriarcales
Nadia Ferroukhi, journaliste et auteure, nous invite à découvrir les sociétés matriarcales, matrilocales et matrilinéaires à travers son ouvrage « Les Nouvelles Matriarches ». Dans cet entretien, elle partage ses réflexions sur ces sociétés souvent méconnues et leur évolution face aux défis contemporains.
Les Concepts Clés
Ferroukhi souligne l’importance de comprendre les termes liés à son sujet. Elle explique que le « matriarcat » est souvent mal interprété. Selon certaines anthropologues, comme Françoise Héritier, le matriarcat n’a jamais existé, tandis que d’autres, comme Heide Goettner-Abendroth, soutiennent qu’il désigne des sociétés où les femmes ne dominent pas mais vivent dans une égalité plus marquée que dans les sociétés patriarcales.
Elle définit également les sociétés « matrilinéaires » comme celles où la descendance et l’héritage passent par les femmes, et « matrilocales » celles où les hommes s’installent dans le clan de leur femme, comme chez les Zapotèques au Mexique ou les Moso en Chine.
Une Histoire Ancienne
Ces sociétés ont des racines qui remontent à plus de 2.000 ans. Néanmoins, la plupart ont disparu, principalement en raison de trois facteurs : l’influence des religions monothéistes patriarcales, la colonisation et la mondialisation. Ferroukhi illustre ce point avec l’exemple des Asanti au Ghana, où les reines mères ont perdu leur statut lors de la colonisation.
Évolution et Mondialisation
La mondialisation a introduit de nouveaux défis. Par exemple, chez les Moso, une société matrilinéaire en Chine, l’usage des téléphones portables et des réseaux sociaux a modifié les perceptions du mariage, auparavant considéré comme obsolète. Ferroukhi note que ces changements, bien que modernes, peuvent entraîner une perte de traditions.
Engagement et Mobilisation
Dans son second livre, Ferroukhi élargit son regard pour inclure des femmes engagées dans des luttes pour leurs droits, comme celles en Gambie qui se battent contre l’excision. Elle souligne que ces femmes, bien que souvent non identifiées comme féministes au sens occidental, mènent des actions significatives pour leur autonomie et leur bien-être.
Urgence et Réflexion
Ferroukhi exprime une préoccupation croissante face à l’impact des modèles occidentaux sur ces sociétés. Elle appelle à une reconnaissance de la place des femmes dans ces cultures, souvent négligées par un discours dominant qui privilégie un modèle de modernité occidentale.
Conclusion
Les sociétés matriarcales, bien que souvent invisibles, offrent des perspectives précieuses sur l’égalité et la place des femmes dans le monde. En partageant leurs histoires, Ferroukhi espère sensibiliser le public aux enjeux qui les entourent.
Source : Nadia Ferroukhi, « Les Nouvelles Matriarches », Albin Michel 2025.
