Tunisie: morts suspectes en détention, des familles en quête de justice plus de dix ans après

Morts suspectes en détention en Tunisie : un rapport alarmant dévoile des familles en quête de justice

Publié le : 26/06/2026 – 20:18

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la torture, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et son programme Sanad ont publié un rapport inquiétant sur l’augmentation des morts suspectes en détention en Tunisie. Ce document met en lumière 36 cas survenus entre 2013 et 2026, pour lesquels les familles des défunts attendent toujours justice plus de dix ans après.

Les témoignages recueillis dans le rapport, intitulé Rien ne pourra compenser la perte de mon fils, je ne veux que la justice, révèlent des parcours marqués par la violence et la souffrance. Les familles subissent une violence immédiate lors de l’annonce du décès, souvent faite avec un retard de plusieurs jours, et dans 40 % des cas, cette annonce n’est pas faite par un agent pénitentiaire ou un personnel médical, mais par une connaissance. Selon Najla Talbi, directrice de Sanad, ce processus est entaché de violences institutionnelles, laissant les familles sans soutien dans leur quête de justice.

Le parcours judiciaire est également semé d’embûches. Un conseiller juridique anonyme souligne que les enquêtes, ouvertes selon l’article 31 du Code de procédure pénale, obligent les familles à porter plainte contre X, ce qui complique leur accès à l’information et les empêche de se constituer en partie civile. Les avocats se heurtent à des juges d’instruction qui privilégient les affaires impliquant des personnes encore vivantes, reléguant ainsi les morts suspectes au second plan.

L’ONG a mis plusieurs années à obtenir des rapports d’autopsie complets pour certains cas, afin de confronter ces documents avec des témoignages indiquant des violences subies par les détenus. Les délais de rédaction des jugements peuvent atteindre deux ans, et jusqu’à présent, aucune décision n’a établi de jurisprudence sur ces questions, malgré les garde-fous prévus par la loi sur l’organisation des prisons de 2001.

Les familles touchées par ces tragédies vivent des situations économiques et sociales précaires. Par exemple, Riheb, veuve de Mohamed, 38 ans, témoigne que la mort de son mari a totalement bouleversé la vie de sa famille. Elle se retrouve seule à élever quatre enfants, contraints de vivre dans des conditions difficiles.

Aujourd’hui, les familles n’ont d’autre recours que de saisir le tribunal administratif et de faire entendre leurs histoires pour éviter que les décès de leurs proches ne tombent dans l’oubli. Malgré les engagements internationaux de la Tunisie, notamment la ratification de la Convention des Nations unies contre la torture en 1988, la lutte contre la torture et les traitements inhumains reste un défi majeur.

Source : Organisation mondiale contre la torture (OMCT)

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