Mort de Lyhanna : Comment les modèles étrangers peuvent aider la France à mieux protéger les enfants
La mort tragique de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, suscite une vague d’émotion et d’interrogations sur les failles du système de protection de l’enfance en France. Le principal suspect était déjà sous le coup d’une plainte pour viol sur mineur déposée en août 2025, ce qui relance le débat sur l’efficacité des mes de protection actuellement en place. Plusieurs associations appellent à une réforme significative de la prise en charge des violences faites aux enfants.
Parmi les pistes de réforme évoquées, la question de l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs est centrale. Des pays européens tels que la Belgique, les Pays-Bas, l’Irlande et le Danemark ont déjà supprimé les délais de prescription pour la plupart de ces infractions. D’autres, comme la Suisse, permettent des poursuites sans limite de temps pour les actes les plus graves, une me adoptée depuis un référendum en 2008. Ce constat est également valable pour l’Autriche, la Croatie, l’Estonie, le Luxembourg, la Lettonie, la Pologne, la Roumanie, la Slovénie et la Suède, selon un rapport de Brave Movement et Child Global publié en novembre 2025.
En France, seuls les crimes contre l’humanité sont exemptés de prescription. Les victimes de viols commis durant leur minorité peuvent porter plainte jusqu’à 30 ans après leur majorité, soit jusqu’à l’âge de 48 ans. En comparaison, l’Allemagne fixe cette limite à 60 ans, tandis qu’en Espagne, elle est de 55 ans. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a récemment exprimé son soutien à une loi visant à rendre ces crimes imprescriptibles, tout en soulignant que dans le cas de Lyhanna, « ni une nouvelle loi, ni des moyens supplémentaires » n’auraient pu la sauver.
Un autre modèle souvent cité est celui des Barnahus, ou « maisons de l’enfant », instaurées en Islande en 1998. Ces structures réunissent policiers, magistrats, travailleurs sociaux et professionnels de santé pour coordonner la prise en charge des jeunes victimes, dans le but de limiter les auditions répétées et d’accélérer les procédures. Ce dispositif a montré des résultats encourageants en Espagne, où il a permis de réduire de moitié la durée des enquêtes et de diminuer le nombre de classements sans suite dans les affaires de violences sexuelles sur mineurs.
En France, bien que 400 salles d’audition spécialisées existent, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer des réformes plus ambitieuses. Selon l’association Face à l’inceste, seulement 555 policiers sont formés au protocole d’audition du NICHD (National Institute of Child Health and Human Development), une méthode recommandée à l’international pour les mineurs victimes de violences. L’association estime également à 160 000 le nombre d’enfants victimes de violences chaque année.
Le gouvernement français envisage également de renforcer les sanctions contre les criminels sexuels. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a proposé d’augmenter les peines pour les violeurs en série, qui pourraient encourir la réclusion à perpétuité, par rapport à la peine actuelle de 20 ans. Marie-Suzanne Le Quéau, procureure générale près la cour d’appel de Paris, a souligné que les magistrats appliquent la loi votée par les parlementaires, indiquant que toute réforme doit passer par un processus législatif.
Cette affaire met en lumière les lacunes du système actuel et ouvre la voie à des discussions sur des réformes essentielles pour mieux protéger les enfants en France.
Source : Le Progrès