Monsieur le Premier ministre : Ne transformez pas l’apprentissage en variable d’ajustement budgétaire
Sept ans après la loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel », qui avait fait de l’apprentissage un levier majeur d’insertion des jeunes et de réponse aux besoins en compétences des entreprises, l’État opère un retournement significatif. Des révisions des coûts des contrats, une baisse des aides aux employeurs d’apprentis, une instabilité réglementaire, et une quasi-disparition des moyens alloués aux Régions pour soutenir les Centres de Formation d’Apprentis (CFA) menacent les fondements du modèle d’apprentissage établi en 2020.
L’apprentissage, un investissement
La nécessité de maîtriser la dépense publique est reconnue. Toutefois, il est essentiel de considérer l’apprentissage comme un investissement plutôt que comme une charge. Ce dispositif est crucial pour l’emploi des jeunes, la transmission des savoir-faire, la compétitivité des entreprises, et les compétences nécessaires à la France pour maintenir son statut de grande puissance productrice. À un moment où le chômage des jeunes connaît une hausse, affaiblir l’apprentissage serait une erreur économique, sociale et industrielle.
Les CFA pris en étau
Les CFA se trouvent aujourd’hui dans une position délicate. Les branches professionnelles et leurs Opco manquent de budgets pour maintenir les plateaux techniques de formation. Confrontés à des niveaux de prise en charge des contrats modérés, les CFA ne pourront plus amortir leurs investissements. Former des jeunes dans des domaines tels que la chaudronnerie, la mécanique ou l’électricité nécessite des équipements modernes et coûteux, adaptés aux réalités du marché.
Historiquement, seules les Régions avaient la capacité de répondre à ces enjeux d’investissement, car elles disposent d’une vision consolidée des besoins économiques de leur territoire. En retirant aux Régions des moyens d’intervention essentiels — le gouvernement ayant décidé de réduire le fonds de soutien à l’apprentissage de 268 millions d’euros en 2025 à 33 millions en 2026 — l’État fragilise l’équilibre construit avec les CFA, les entreprises et les acteurs économiques.
Défendre l’apprentissage, c’est défendre l’emploi
Le modèle d’apprentissage dans lequel des investissements ont été réalisés ne permettra plus de maintenir un appareil de formation de qualité. Il devient impératif de renforcer l’apprentissage des compétences techniques directement en entreprise, d’augmenter les dons et financements des entreprises en faveur des CFA, et de mutualiser les plateaux techniques des lycées professionnels.
Cependant, ces adaptations ne peuvent être mises en œuvre rapidement et ne doivent pas masquer une réalité fondamentale : un pays industriel ne peut préparer son avenir en réduisant ses capacités de formation. Monsieur le Premier ministre, ne cédez pas à une vision purement comptable de l’apprentissage. Ne laissez pas se répandre l’idée que former un jeune serait une dépense superflue. Défendre l’apprentissage, c’est défendre l’emploi, la production et la promesse républicaine d’une qualification pour chacun. Il est donc crucial d’appeler le Gouvernement à établir une trajectoire stable et soutenable pour l’apprentissage, en collaboration avec les Régions et les acteurs de terrain.
Source : Le Journal des Entreprises