Les éleveurs nomades de Mongolie face à la désertification
Les premières pluies de l’année se font encore attendre dans le sud de la Mongolie. La végétation est rare et sèche, et les animaux sont amaigris. Moutons et chèvres se massent autour de l’abreuvoir posé sur le sol rocailleux du désert de Gobi. Togoobaatar Batbazar, 35 ans, actionne la pompe du puits. « Elle est de plus en plus rare », explique-t-il. Après avoir donné à boire au troupeau, il faut attendre plusieurs heures pour que le puits se remplisse de nouveau.
Togoobaatar fait partie des « semi-éleveurs ». Fonctionnaire, il vit dans le village de Bayan-Undur, à trois heures de route de son campement familial. Il s’occupe d’un troupeau d’environ mille animaux. Formé au maraîchage à Oulan-Bator, il rêve de cultiver des légumes sous serre grâce à un système d’irrigation. « Je me souviens d’étés très verts quand j’étais enfant. Aujourd’hui, il y a parfois seulement une ou deux pluies dans l’année », se souvient-il.
La Mongolie accueille jusqu’au 28 août la 17e session de la COP sur la désertification. Le pays est particulièrement touché, avec plus des trois quarts de son territoire dégradés. Les températures ont augmenté en moyenne de 2,2 °C au cours des 80 dernières années, dépassant la moyenne mondiale. Les précipitations annuelles ont baissé d’environ 10 %, et dans le désert de Gobi, elles sont dix fois moins importantes qu’au nord. Les ressources en eau proviennent principalement de nappes souterraines, dont une grande partie est constituée d’eaux fossiles.
Les réserves d’eau se rechargent lentement alors que la demande augmente, notamment en raison de l’exploitation minière. L’OCDE estime que la demande en eau pourrait dépasser les ressources du pays d’ici 2040. Bien que le changement climatique soit un facteur clé de la dégradation des terres, le surpâturage demeure la première cause de désertification. Le cheptel a plus que doublé en trente ans, atteignant aujourd’hui 58 millions d’animaux, contre 25 millions en 1992.
Cette situation est liée aux difficultés économiques des éleveurs. Après la chute de l’URSS, la transition vers une économie de marché a bouleversé le système pastoral, exposant les éleveurs aux fluctuations des prix. La forte demande pour le cachemire incite les familles à agrandir leurs troupeaux au-delà des limites durables. Un cheptel bien géré peut fertiliser le sol, mais lorsque le nombre d’animaux est trop élevé, ils contribuent à son érosion.
Pour limiter la taille des cheptels, le gouvernement mongol a instauré en 2021 une taxe sur le bétail, mais ses effets sont minimes. La baisse du nombre d’animaux observée entre 2022 et 2024 (de 71 à 58 millions) est principalement due à des événements climatiques extrêmes. Les revenus de cette taxe sont réinvestis dans la restauration des pâturages, mais cela reste insuffisant.
Les saxaouls, arbres du désert, jouent un rôle crucial en captant l’eau et en fournissant de la nourriture aux animaux. La Mongolie a lancé un programme de reboisement pour planter un milliard d’arbres d’ici 2030. Cependant, à fin 2025, seulement 130 millions d’arbres avaient été plantés.
Les éleveurs se déplacent plus souvent pour trouver de meilleurs pâturages, parfois jusqu’à douze fois par an. Ces déplacements, appelés « otor », provoquent des conflits entre éleveurs. La famille Batbazar produit environ 200 kilos de cachemire par an, vendus à 192 000 tugriks le kilo (46 euros) à la coopérative de Bayan-Undur. Cependant, les conditions climatiques rendent la production de duvet moins prévisible.
L’élevage reste la principale source de revenu pour un tiers des habitants en Mongolie. Pour une famille avec deux ou trois enfants, il est difficile de vivre avec moins de 500 bêtes, selon Amartuvshin Zagdaa, président d’EBCN. Les événements climatiques extrêmes et la compétition pour l’accès aux pâturages laissent chaque année des milliers de familles vulnérables, contraintes d’abandonner l’élevage et de vivre dans des conditions précaires à Oulan-Bator.
Source : Alternatives Économiques



