Les Rythmes Veille-Sommeil : Une Adaptation Évolutive
Les rythmes veille-sommeil chez l’humain et les autres espèces vivantes sont intimement liés à l’environnement. À la naissance, un bébé dort environ deux tiers de la journée, tandis qu’un adulte ne dort en moyenne qu’un tiers du temps. Ces rythmes sont influencés par des facteurs environnementaux, comme l’ont démontré des scientifiques tels que Lamarck et Darwin, qui ont mis en évidence l’adaptation des espèces à leur milieu.
L’évolution de l’humain a été marquée par la maîtrise du feu, il y a environ un million d’années, permettant d’éclairer et de prolonger la journée. Des inventions comme la mèche, il y a 20 000 ans, et la chandelle, il y a 5 000 ans, ont également élargi les possibilités d’éclairage. Au XVIIIe et XIXe siècles, les lampes à pétrole, à gaz, puis électriques ont transformé les habitudes de vie, permettant aux enfants de lire et d’étudier après la tombée de la nuit.
Depuis 1870, la taille moyenne des hommes européens a augmenté de 11 centimètres, soit environ un centimètre par décennie. Cette évolution des rythmes de vie a entraîné des excès, conduisant à l’établissement d’une limite de 12 heures de travail quotidien en 1848, alors que la pollution devenait un problème de santé publique.
La Première Guerre mondiale a été un tournant, avec la limitation à 10 heures de travail pour les femmes et l’interdiction du travail de nuit. Cette période a vu une augmentation de la productivité et de la durée de vie, rendant le temps une variable d’ajustement dans le monde du travail.
L’adaptabilité des espèces, qui s’est construite sur des centaines de milliers d’années, est aujourd’hui mise à l’épreuve par des facteurs modernes. Des découvertes récentes en physiologie ont permis d’individualiser des mécanismes biologiques, comme la mélatonine, découverte en 1953. Les rythmes biologiques, tels que les rythmes circadiens, ultradiens et infradiens, ont été définis au fil du temps.
Des études montrent que la privation aiguë de sommeil perturbe les rythmes hormonaux, notamment le cortisol, et peut avoir des effets délétères sur l’attention et la mémoire. L’exposition à la lumière après la tombée de la nuit entraîne un décalage dans la sécrétion de mélatonine, retardant ainsi l’endormissement.
Les perturbations des rythmes veille-sommeil, qu’elles soient d’origine environnementale ou liées à des maladies, peuvent avoir des conséquences significatives sur la santé. Des recommandations incluent la limitation de l’exposition à la lumière le soir, la promotion de la sieste et la régulation du travail de nuit.
Source : Dr Didier Cugy, médecin spécialisé en pathologies du sommeil et membre de l’ASEF.
