Après l’euphorie, les micro-brasseries artisanales marseillaises changent de recette

Après l’euphorie, les micro-brasseries artisanales marseillaises changent de recette

Aux quatre coins de la France, des micro-brasseries artisanales fleurissent depuis une dizaine d’années. Inflation, baisse de la consommation d’alcool, difficultés de distribution… les brasseurs marseillais décrivent aujourd’hui un marché en pleine mutation.

Après l’engouement national des années 2010 porté par la vague américaine du « craft beer », les micro-brasseries marseillaises se confrontent aujourd’hui à un véritable plafond de verre, maintenu par les grands groupes industriels qui représentent 90% du marché français de la bière.

La cité phocéenne n’a jamais connu de « réelle saturation du marché des micro-brasseries, comme à Lyon ou Montpellier », constatent Zara Kadiri et David Occelli, de la Brasserie de Mars. Bien que près d’une dizaine de projets aient vu le jour la dernière décennie, « aujourd’hui, il y a bien plus de fermetures que d’ouvertures ».

Un diagnostic partagé par plusieurs acteurs du secteur. « On est passés de 3 000 à environ 2 500 micro-brasseries en France », estime Jérôme Talin, cofondateur de Zoumaï. À Marseille, ces producteurs se comptent aujourd’hui sur les doigts de la main. Claire Guérin, de Soiffe, parle aussi d’une « stagnation » du marché.

Produire coûte toujours plus cher

L’inflation, la hausse du prix des matières premières, de l’énergie, des emballages et des étiquettes, ainsi que les taxes, allongent la liste des difficultés. Pour les artisans, produire une bière aujourd’hui n’a jamais coûté aussi cher. « Le modèle économique de la brasserie est très fragile », résume Claire. « Il faut énormément investir pour fabriquer des bières qui ne sont pas toujours faciles à vendre. »

… et vendre devient compliqué

« Les bars ne considèrent pas encore la bière artisanale comme un produit premium », remarque Claire. Les établissements ainsi que les événements culturels sont confrontés à leurs propres contraintes budgétaires, privilégiant les bières industrielles, moins coûteuses. Jérôme Talin pointe également les « contrats brasseurs » passés entre distributeurs et certains établissements, leur imposant de s’approvisionner dans leurs catalogues exclusivement. Cet oligopole industriel rend « le marché de la bière impénétrable ».

« Il faut partir sur de gros volumes pour vivre de la bière aujourd’hui »

En France, le statut de micro-brasserie repose sur le volume de production, soit moins de 200 000 hectolitres (20 millions de litres) par an, sans prendre en compte le lieu ou les conditions de fabrication. Certaines marques peuvent ainsi sous-traiter la fabrication de leur bière tout en gardant leur étiquette artisanale. « Il y a deux ou trois exemples à Marseille », confie Léo Duther, de la Brasserie de la Plaine.

Se diversifier pour survivre

Pour survivre, « il faut ouvrir son propre bar », selon Jérôme Talin. La stratégie semble payante pour Zoumaï, qui a ouvert un second établissement en 2025. La Brasserie de Mars mise également sur la vente directe, combinant brassage, restauration et bar. La Brasserie de la Plaine, quant à elle, a créé une coopérative en 2025, mettant ses équipements à disposition d’autres producteurs artisanaux.

Les nouvelles générations cassent les usages

Tous les brasseurs s’accordent à dire que la nouvelle génération boit moins d’alcool et consomme mieux. « Les clients cherchent désormais à consommer plus raisonnablement, en privilégiant la qualité à la quantité », observe Lauréline Saintemarie, fondatrice de La Cidrerie marseillaise. Pour s’adapter, la Brasserie de Mars travaille sur une bière sans alcool, bien que le coût des équipements nécessaires soit élevé.

Une nouvelle vague de boissons artisanales marseillaises

Le marché évolue vers des boissons fermentées, dépassant la seule bière artisanale. De nouveaux producteurs de boissons locales, comme Tisse et Zéma, émergent autour des dernières micro-brasseries marseillaises, formant un nouvel écosystème dont l’avenir reste à définir.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

Cet article est basé sur des informations provenant de Made in Marseille.

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