Écorce d’orange et huile de tournesol : cette technologie de pneu Michelin testée aux 24h du Mans préfigure le futur de l’automobile
Produire des pneus en réduisant leur impact environnemental n’est pas de tout repos. Démonstration des avancées et des défis avec le pneumatique développé pour les 24 Heures du Mans… en vue de la voiture de route.

La route vers un pneu plus propre est longue. Et elle passe aussi par la piste. On pourra notamment le constater à l’occasion des 24 Heures du Mans, ce 13 et 14 juin 2026.
Pour cette 94e édition de la grande classique de l’endurance, les Ferrari, Toyota, BMW et Alpine qui se disputeront la victoire rouleront pour la première fois avec des pneumatiques composés à 50 % de matières recyclées ou renouvelables. Ce taux est inédit pour un pneu de compétition de haut niveau et dépasse largement ce qui est actuellement proposé sur route.
Michelin, fournisseur exclusif de la catégorie reine Hypercar, a développé cette nouvelle gamme pneumatique en vue de la saison 2026 du Championnat du monde d’endurance (WEC). L’ancien pneu, utilisé jusqu’à l’an passé, affichait un taux de 30 % de matériaux vertueux.
Cyrille Roget, directeur de la communication scientifique et innovation chez Michelin, explique : « Nous nous servons de la compétition comme accélérateur d’innovation. » Mais où en est-on aujourd’hui dans la quête d’un pneu moins polluant ?
État de l’industrie
Chaque année, l’industrie mondiale produit environ 1,7 milliard de pneumatiques. La production de caoutchouc synthétique, d’acier ou de résines demeure polluante, mais la part des achats de matières premières plus vertueuses progresse chez Michelin et ses concurrents.
« L’année dernière, notre taux de matériaux recyclés ou biosourcés était de 32 %, un point de plus par rapport à l’année précédente, représentant presque 30 000 tonnes de matériaux à l’échelle du groupe », précise Cyrille Roget. Ce taux était de 28 % il y a cinq ans. Michelin envisage d’atteindre 40 % de matières premières renouvelables d’ici 2030 et 100 % d’ici 2050.
Engagements des manufacturiers
- Michelin : 40 % de matériaux recyclés ou renouvelables en 2030, neutralité carbone pour tous les sites de production et pneus 100 % renouvelables en 2050.
- Bridgestone : 40 % de matériaux renouvelables et réduction des émissions de CO2 de 50 % en 2030.
- Goodyear : réduire les émissions de CO2 d’au moins 28 % d’ici 2030.
- Continental : 40 % de matériaux recyclés ou renouvelables en 2030.
- Pirelli : 40 % de matériaux recyclés ou renouvelables d’ici 2040.
Composition des pneus
Le Michelin Pilot Sport Endurance, utilisé lors de cette course, est composé d’environ 200 ingrédients. Parmi eux, on trouve de l’acier recyclé et des huiles bio-sourcées, comme de l’huile de tournesol et des résines à base d’écorce d’orange ou de citron. Ce taux de 50 % n’est pas obtenu par l’achat de crédits carbone.
Défis de la fabrication
L’intégration de nouveaux matériaux doit se faire sans dégrader la performance des pneus. « Cela a été le travail de nos chimistes, qui ont dû adapter les formules », explique Cyrille Roget. Pierre Alvès, responsable des programmes endurance, ajoute que l’objectif était d’intégrer davantage de matériaux tout en maintenant les performances.
Les premiers retours des courses de la saison montrent des performances proches de celles de l’an passé, avec une u légèrement minimisée et aucun incident relevé.
Perspectives d’approvisionnement
Michelin a présenté un prototype de pneu de compétition contenant 71 % de matériaux vertueux, mais la production annuelle pour la catégorie reine du championnat du monde d’endurance est de 25 000 à 30 000 unités, insuffisante pour une production à grande échelle.
Des travaux sont en cours pour développer des matériaux comme le butadiène d’origine végétale, en collaboration avec l’Institut français du pétrole Énergies nouvelles (IFPEN) et Axens. Ce projet, nommé BioButterfly, pourrait passer à la production dans les mois à venir.
Conclusion
Le sport automobile permet de tester de nouvelles technologies sur des échelles réduites, offrant des leçons applicables à la production de pneus pour les voitures de tourisme. Michelin évoque des premières applications pour ces pneus innovants dans trois à quatre ans, avec un engagement de 40 % de matériaux vertueux d’ici 2030 pour les véhicules de route.
Source : Frandroid