Un dénivelé gigantesque pour produire autant d’électricité que 24 centrales EPR : le projet fou du méga-barrage chinois de Medog
La Chine construit au cœur de l’Himalaya le plus puissant complexe hydroélectrique jamais imaginé, malgré la découverte d’une faille active susceptible de menacer ses barrages, ses tunnels et ses routes. Situé aux portes de l’Inde, sur le fleuve qui devient ensuite le Brahmapoutre, le projet de Medog nourrit également les craintes de New Delhi face au contrôle grandissant de Pékin sur cette ressource vitale.
À seulement quelques centaines de kilomètres de la zone frappée par la catastrophe au Népal et au Tibet, la Chine construit le plus grand projet hydroélectrique jamais imaginé. Un chantier hors-norme au cœur de l’Himalaya, dans une région particulièrement exposée aux risques naturels. Des géologues chinois ont récemment alerté sur la présence d’une faille active dans la zone du projet. Mais derrière le risque sismique, Medog est aussi devenu un enjeu géopolitique majeur entre la Chine et l’Inde.
Un chantier aux chiffres vertigineux
L’alerte concernant la faille a largement échappé à l’attention en Europe. En juin dernier, des géologues chinois ont étudié le sous-sol de ce qui est probablement l’un des plus grands chantiers d’infrastructures jamais entrepris : le projet hydroélectrique de Medog, au Tibet. Ce projet prévoit la construction de cinq centrales hydroélectriques en cascade sur le fleuve tibétain Yarlung Tsangpo. À cet endroit, le fleuve dessine une immense boucle dans l’Himalaya et plonge de près de 2.000 mètres en quelques dizaines de kilomètres. L’idée des Chinois est d’exploiter au maximum ce dénivelé pour produire de l’électricité.
Les chiffres sont impressionnants : près de 170 milliards de dollars d’investissement et environ 300 térawattheures d’électricité par an. Cela équivaut à la production annuelle d’environ 24 EPR de Flamanville et plus de trois fois celle des Trois-Gorges, actuellement le plus grand barrage hydroélectrique du monde.
Une faille active sous le projet
C’est dans cette zone que les géologues chinois ont identifié la faille de Paizhen, qui pourrait menacer les barrages, tunnels, routes et ponts construits dans la région. Après la catastrophe au Népal et au Tibet, cette alerte prend une autre dimension. L’Himalaya est déjà une région extrêmement instable, la plaque indienne continuant de pousser contre la plaque eurasienne, tandis que le réchauffement climatique fragilise les glaciers et les versants montagneux.
Ce méga-barrage ne crée pas le risque sismique, mais des scientifiques ont documenté un phénomène selon lequel d’immenses réservoirs peuvent, dans certaines conditions, modifier les contraintes sur des failles déjà sous tension et favoriser le déclenchement de séismes. Autrement dit, le barrage ne crée pas le risque, mais il peut l’accentuer.
Aux portes de l’Inde
Le barrage est construit au Tibet, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière avec l’Inde. Le Tibet est passé sous le contrôle de Pékin en 1950, lors de l’intervention de l’Armée populaire de libération. Quelques dizaines de kilomètres après la zone du futur barrage, le Yarlung Tsangpo entre en Inde et devient le Brahmapoutre, un fleuve vital pour le nord-est de l’Inde.
Le Brahmapoutre est une artère essentielle pour l’agriculture, la pêche et l’irrigation, faisant vivre des millions de personnes. Son immense bassin couvre environ 580.000 km² entre le Tibet, l’Inde, le Bhoutan et le Bangladesh.
Pékin peut-il contrôler le robinet ?
La Chine ne peut pas simplement assécher le Brahmapoutre, car une partie considérable de son débit provient des pluies de mousson et des affluents situés en Inde. Cependant, en construisant cette infrastructure juste en amont, Pékin gagne une capacité supplémentaire de régulation des flux et contrôle l’information sur l’eau qui arrive en aval. Ce sujet est suffisamment sensible pour que les deux pays reprennent en septembre leurs discussions sur le partage des données hydrologiques.
Cette question de l’eau s’ajoute à une relation déjà complexe, la Chine et l’Inde se disputant près de 3.800 kilomètres de frontière himalayenne. En juin 2020, dans la vallée de Galwan, des soldats chinois et indiens s’étaient affrontés, entraînant la mort de vingt soldats indiens et au moins quatre soldats chinois, marquant ainsi le premier décès à cette frontière depuis 45 ans.
Source : BFM TV

