Diurétiques, antidépresseurs, neuroleptiques, traitements du cœur. Certains médicaments peuvent aggraver les effets de la canicule. Faut-il les arrêter ? Surtout pas, préviennent les autorités sanitaires. Explications.
Quand le thermomètre dépasse les 35 °C, l’organisme active ses mécanismes de défense : transpiration, dilatation des vaisseaux sanguins, accélération de la circulation. Cependant, certains médicaments peuvent perturber cette régulation naturelle et exposer à un risque accru de déshydratation, de malaise, voire de coup de chaleur.
Les personnes en situation de handicap sont particulièrement concernées. Beaucoup vivent avec des maladies chroniques nécessitant des traitements au long cours : épilepsie, troubles psychiatriques, maladies cardiovasculaires, Parkinson, diabète ou douleurs chroniques. En France, plusieurs milliers d’hospitalisations sont liées chaque année aux épisodes de fortes chaleurs, notamment chez les publics les plus fragiles.
Diurétiques, antidépresseurs, neuroleptiques : les traitements sous surveillance
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) appelle à une vigilance particulière pour plusieurs familles de médicaments. Figurent notamment les diurétiques, qui augmentent l’élimination de l’eau et du sel par les reins et donc favorisent la déshydratation. Il y a également les antihypertenseurs, principalement utilisés pour traiter l’hypertension artérielle. Pendant une canicule, les vaisseaux se dilatent déjà naturellement pour évacuer la chaleur. L’association des deux phénomènes peut entraîner une chute excessive de la tension artérielle, responsable de malaises, de fatigue intense ou de pertes de connaissance.
Certains antidiabétiques, sels de lithium, antidépresseurs, neuroleptiques et antiparkinsoniens peuvent altérer la thermorégulation et la vigilance. Les personnes prenant des somnifères, anxiolytiques ou certains traitements psychiatriques peuvent avoir une perception altérée des signaux d’alerte tels que la soif, la fatigue ou la sensation de chaleur excessive, augmentant ainsi le risque de déshydratation.
D’autres traitements, comme certains antimigraineux et antihistaminiques, peuvent réduire la transpiration ou limiter la capacité du corps à évacuer la chaleur. La chaleur peut également modifier la manière dont certains médicaments sont éliminés par l’organisme, augmentant le risque d’effets indésirables. La liste des « médicaments susceptibles d’altérer l’adaptation de l’organisme à la chaleur » ainsi que celle des traitements « photosensibilisants » sont disponibles sur le site de l’ANSM.
Le message clé : ne jamais arrêter son traitement seul
Face à ces risques, un réflexe pourrait sembler logique : suspendre temporairement son traitement. Cependant, les autorités sanitaires insistent sur le fait que c’est une erreur potentiellement dangereuse. « N’arrêtez jamais un traitement sans en avoir parlé avant avec votre médecin ou votre pharmacien. Ne faites pas d’automédication », rappelle l’ANSM. Une interruption brutale peut entraîner des complications parfois plus graves que la canicule elle-même, telles que décompensation cardiaque, crise d’épilepsie, rechute psychiatrique ou déséquilibre du diabète.
Il est conseillé de faire le point avec son médecin ou son pharmacien, en particulier en cas de polythérapie, de handicap, de maladie chronique ou d’âge avancé. Des examens complémentaires peuvent être proposés pour surveiller l’hydratation ou le fonctionnement des reins.
Boire, se rafraîchir, surveiller les signes d’alerte
Pour limiter les risques, les recommandations restent les mêmes que pour la population générale : boire régulièrement sans attendre d’avoir soif, rester dans des lieux frais, éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes, porter des vêtements légers et maintenir le contact avec ses proches ou aidants.
Des symptômes tels que fatigue inhabituelle, vertiges, maux de tête, confusion, somnolence, crampes ou diminution des urines doivent alerter. Chez certaines personnes handicapées, âgées ou souffrant de troubles cognitifs, ces signaux peuvent être plus difficiles à identifier, d’où l’importance d’une vigilance renforcée de l’entourage. En période de canicule, le défi n’est donc pas de choisir entre traitement et protection, mais d’adapter les deux ensemble. Au moindre doute, il est impératif de solliciter immédiatement son pharmacien ou médecin traitant pour traverser l’été en toute sécurité.
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« Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr »
