ENTRETIEN.

« C’est un métier lourd en charge mentale, il faut savoir s’en défaire »

Bernard Marc, médecin légiste à l’unité médico-judiciaire de Compiègne (Oise), exerce ce métier singulier depuis 35 ans. Les amateurs de true crime apprécieront ses livres, dont le dernier, « Pour les morts et les vivants », est paru aux éditions Mareuil en 2025. Il nous a accordé un entretien. (Première publication le 26/12/2025)

Bernard Marc, médecin légiste, est une figure incontournable du système judiciaire français. Son quotidien, marqué par la confrontation avec la mort et la souffrance des vivants, révèle la complexité et la responsabilité de ce métier.

Contrairement à une idée reçue, le médecin légiste ne se limite pas à examiner les morts. En effet, 95 % de son travail consiste à traiter des vivants, victimes de violences variées telles que les accidents de la route, le harcèlement scolaire ou les violences intrafamiliales. Seuls 5 % de ses activités concernent l’examen des corps sans vie.

Avec l’évolution des technologies, la pratique légiste a également changé. Aujourd’hui, le scanner joue un rôle crucial dans l’examen des bless. Cette technique permet de visualiser les lésions internes sans avoir à ouvrir le corps, offrant des informations précises qui peuvent être déterminantes devant un tribunal. Par exemple, la profondeur d’une plaie par arme blanche peut indiquer l’intention criminelle, un détail essentiel dans le cadre d’une enquête judiciaire.

Marc souligne que son métier est un reflet de la société, où des centaines de milliers de victimes de violence vivent souvent dans le silence. Les médecins légistes sont en première ligne, confrontés à des récits de souffrances souvent invisibles.

La violence à laquelle il fait face peut parfois être accablante. Il admet que la difficulté de traiter certains cas, notamment ceux impliquant des enfants, peut perturber son travail. « Le jour où je serai indifférent, j’arrêterai ce métier », déclare-t-il.

En tant que professionnel, il ressent également le poids de son humanité. « Je ne suis pas toujours fier de mon sexe », dit-il, évoquant la prévalence des violences masculines. Il appelle à une réflexion sur l’éducation et la société pour mieux comprendre cette dynamique.

Bernard Marc évoque des souvenirs marquants, notamment la mort d’un enfant dont la souffrance avait été ignorée. Ce cas, comme d’autres, le pousse à réfléchir sur l’impact de son travail. Cependant, il trouve aussi des moments de satisfaction, comme lorsqu’une victime lui exprime sa gratitude pour l’avoir aidée à changer de vie.

Pour maintenir un équilibre, il est essentiel pour lui de se déconnecter du travail en fin de journée. Il évite de se plonger dans des contenus médiatiques violents, préférant écouter de la musique pour se détendre.

En ce qui concerne sa sécurité personnelle, il a développé une prudence accrue, notamment en évitant certaines activités à risque. « C’est un métier lourd en charge mentale, il faut savoir s’en défaire », insiste-t-il.

À l’approche de sa retraite, Bernard Marc espère être reconnu pour son utilité auprès des victimes et pour sa contribution à la justice.

Source : Entretien avec Bernard Marc, médecin légiste.

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