Le 25 août 1944, les SS massacrent 124 personnes dans le petit village de Maillé, en Touraine. Malgré plusieurs procédures judiciaires des deux côtés du Rhin, le crime restera impuni. Récit.

Petit frère d’Oradour-sur-Glane avec ses 124 victimes, Maillé subit le même sort le 25 août 1944. Ce village paisible du sud de la Touraine, près de Sainte-Maure, paie de la vie de ses habitants, hommes, femmes et enfants, les actes de résistance qui se produisent à proximité dans les jours précédents. Le massacre de Maillé est avant tout un fait d’injustice, un fait de guerre aveugle et inhumaine.
Les événements commencent avec le procès-verbal dressé par la gendarmerie de Sainte-Maure le lendemain. Ce document contient un seul témoignage pertinent, celui de Mauricette Duprey, femme de chambre auprès des soldats allemands. Elle évoque le lieutenant Schlüter comme l’un des principaux responsables de la tuerie, ayant eu un contact le 24 au soir avec un commandant de SS venu de Châtellerault.
Deux procédures : l’une française, l’autre allemande
Deux procédures judiciaires se succèdent : l’une par la justice française, l’autre par la justice allemande. Bien que le massacre de Maillé soit mentionné lors du procès de Nuremberg, il est rapidement oublié. Le maire de l’époque ne répond pas à la convocation à témoin de la juridiction allemande.
Les autorités françaises, de 1945 à 1952, montrent peu d’efficacité. Les enquêteurs ne s’intéressent pas à la formation SS de Châtellerault mentionnée par le témoin, mais se concentrent sur le camp de Nouâtre, délivrant des mandats d’arrêt contre ses occupants. Un seul sera entendu, mais il n’était pas présent à Maillé ce jour-là. En 1946, le SRPJ d’Orléans reprend l’enquête et s’intéresse au lieutenant Schlüter, obtenant une description susceptible de l’identifier. Cependant, la piste des SS de Châtellerault est négligée.
Fin 1949, l’enquête est transmise au tribunal militaire de Bordeaux. Un juge d’instruction, six ans après les faits, auditionne un témoin fondamental, Lucette Fortier. Elle fournit des renseignements sur Schlüter, qui est interrogé par les autorités allemandes en 1950. Celui-ci nie toute implication, bien qu’il soit reconnu par plusieurs témoins.
Le principal suspect en fuite
Peu après son audition, Gustav Schlüter disparaît. Il passe en zone soviétique, échappant ainsi à la justice. Le 21 septembre 1951, une ordonnance de non-lieu est rendue contre tous les soldats allemands suspects, et une condamnation à mort par contumace est prononcée contre Schlüter en 1952. Il décède à Hambourg en 1965.
Les actions judiciaires s’arrêtent alors, la justice française étant empêchée par la prescription de vingt ans des crimes de guerre. Le crime de Maillé reste impuni. Cependant, la mémoire ne s’éteint pas. En 2006, la Maison du Souvenir ouvre ses portes à Maillé, qui a été entièrement reconstruit.
En 2016, une troisième procédure judiciaire est engagée par le parquet de Dortmund, mais elle est classée sans suite en raison des difficultés d’enquête. Dans cette décision, le rôle de la division SS de Châtellerault est évoqué de manière conditionnelle.
Le drame de Maillé continue de se battre contre l’oubli, représentant un fait de barbarie qui réclame toujours justice.
Source : Actu Juridique



