Dans nos quartiers, on s’est pris les vagues de touristes en pleine face
Les habitants des Goudes (8e arrondissement) ont manifesté dès le mois de juin pour alerter la Ville sur les conséquences de la « surfréquentation touristique » sur leur quotidien. Les pancartes et klaxons ont résonné dans ce village de pêcheurs, où la situation devient de plus en plus préoccupante.
Le stationnement est l’un des principaux enjeux : les 250 places disponibles pour les 500 résidents permanents sont littéralement assiégées par environ 3 500 véhicules chaque jour. Dans les calanques, la situation est tout aussi alarmante. Les cabanoniers de Sormiou (9e) ont tiré la sonnette d’alarme en août, signalant la présence de 800 personnes sur la plage et jusqu’à 3 000 en fond de calanque, rendant la sécurité de tous difficile à garantir. Les cabanoniers demandent la mise en place d’un système de réservation pour l’été prochain, à l’image de ce qui a été instauré à Sugiton.
Karim Saari, président de l’association Team Oxygen, a également observé les sentiers saturés et les poubelles débordantes, contrastant avec l’image idyllique des calanques. « On s’est pris les vagues de touristes en pleine face. À n’importe quelle heure, il y avait du monde devant chez moi. Parfois, j’avais l’impression que je dérangeais ! » témoigne Lucien, habitant d’Endoume.
La présidente du CIQ Endoume-Corniche-Malmousque-Maldormé, Camille Bal, souligne que l’augmentation du nombre de touristes s’accompagne d’une hausse des cambriolages et dégradations. D’autres responsables de CIQ évoquent les nuisances causées par la multiplication des bars et l’agrandissement des terrasses dans le 6e arrondissement. Dans le 2e arrondissement, la pollution due aux cars de croisiéristes garés le long du boulevard des Dames devient insupportable. Par ailleurs, les habitants du centre-ville dénoncent la croissance des locations saisonnières, bien que la Ville ait enregistré une baisse de 12 % des nuits réservées dans les meublés touristiques en dehors du mois d’août.
« On ne s’attendait pas à être The place to be cet été, et la Ville non plus apparemment… » déclare Patricia Timpano, présidente de la fédération des CIQ du 6e. Elle appelle la Ville à repenser sa stratégie touristique, en se posant des questions sur la gestion de la cohabitation et le retour pour les habitants. Les projets d’agrandissement de la gare Saint-Charles, qui prévoient 19 millions de voyageurs supplémentaires dans dix ans, soulèvent également des interrogations sur l’avenir de Marseille. Si la ville perd ses habitants, elle risque de perdre son âme.
Source : La Provence

