Quand Marjane Satrapi se confiait à L’Express en 2008 :

Marjane Satrapi : « Ma souffrance liée à l’exil ne regarde que moi »

Marjane Satrapi, l’auteure de la célèbre bande dessinée Persepolis, a partagé ses réflexions sur l’exil et son parcours artistique lors d’une interview avec L’Express en 2008. Après le succès retentissant de son œuvre, qui s’est vendue à plus de 1 million d’exemplaires et a été adaptée en film, Satrapi se prépare à un retour à la solitude créative, loin des projecteurs et des tapis rouges.

En 1997, fraîchement diplômée d’une école d’art à Strasbourg, Satrapi se retrouve à Paris, où elle peine à avancer dans ses projets de livres pour enfants. Elle évoque une période de dépression qui l’a poussée à envisager des carrières alternatives, y compris détective privée et chasseuse de têtes, avant de se concentrer sur la bande dessinée. C’est alors qu’elle commence à dessiner Persepolis, une série d’albums qui retrace des moments clés de sa vie, tels que la révolution, la guerre et l’exil.

Interrogée sur la nature de son succès, Satrapi admet qu’elle ne s’y attendait pas. Elle a choisi de raconter son histoire en français pour se rapprocher du lecteur et éviter un consensus qui aurait pu diluer son message. À 30 ans, elle se dit consciente de la valeur du travail, ce qui, selon elle, l’a préservée de l’arrogance.

Satrapi explique que son œuvre vise à nuancer le regard porté sur l’Iran, souvent réduit à des stéréotypes de fanatisme. Elle souligne que, dans son pays, il existe aussi des adolescents qui aiment la musique rock et tombent amoureux, et que cette vision plus humaine est essentielle pour combattre les idées reçues.

Elle aborde également les défis de l’exil, qui lui a permis de prendre du recul sur son pays, tout en reconnaissant que sa situation est privilégiée par rapport à d’autres exilés. « Ma souffrance ne regarde que moi, » déclare-t-elle, insistant sur le respect dû à ceux qui ont moins de chance.

Enfin, Satrapi évoque son désir de continuer à créer, avec des projets comme Poulet aux prunes, qu’elle considère comme son meilleur album, et un éventuel retour à l’écriture d’histoires situées en Iran.

Cette interview met en lumière non seulement le parcours d’une artiste engagée, mais aussi les complexités de l’identité et de l’exil dans un monde souvent binaire.

Source : L’Express, 21 février 2008

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