Cent ans après sa naissance, Marilyn Monroe demeure l’un des visages les plus emblématiques du cinéma. Au-delà de l’image de la blonde ultra-sexualisée façonnée par Hollywood, se cache une actrice précise, ambitieuse et consciente de son art, bien plus que sa légende ne l’a longtemps laissé supposer.
Norma Jeane Mortenson, née à Los Angeles, aurait célébré son centenaire le 1er juin. La bouche carmin, les cheveux platine, la robe blanche soulevée par l’air d’une grille de métro, le satin rose des Hommes préfèrent les blondes… Ces clichés ont contribué à façonner l’image de Marilyn Monroe, parfois au détriment de l’actrice exceptionnelle qu’elle était. Cette succession d’images a été à la fois sa gloire et sa prison. Elle en a rapidement pris conscience. Dans son dernier entretien avec Life, publié en août 1962, elle s’oppose à cette réduction à une image désirable, affirmant : « Un sex-symbol devient un objet. Je déteste être un objet. » Ainsi, l’actrice devient indissociable d’une image perpétuée par le cinéma, la photographie, la publicité et la culture populaire.
Cette contradiction a marqué toute sa carrière. Marilyn Monroe a collaboré avec des réalisateurs tels que Howard Hawks, Billy Wilder, Fritz Lang, George Cukor et John Huston, explorant divers genres allant de la comédie musicale au film noir, en passant par la satire et le drame. Malgré cette diversité, l’impact de son image a souvent prévalu. La 20th Century Fox a rapidement compris la valeur commerciale de son image, la plaçant dans des rôles immédiatement reconnaissables. La blonde désirable, faussement naïve et soumise au regard masculin, est devenue une formule lucrative, que Monroe a interprétée avec une finesse souvent sous-estimée. Billy Wilder, qui l’a dirigée dans Sept ans de réflexion et Certains l’aiment chaud, a déclaré dans Vanity Fair : « Elle était, croyez-le ou non, une excellente actrice de dialogue. Elle savait où se trouvait le rire. »
Son intelligence de jeu se manifeste également dans ses rôles comiques. Dans Sept ans de réflexion, elle transcende le stéréotype du fantasme du voisin marié, rendant le personnage plus drôle et imprévisible. Avec Certains l’aiment chaud, elle illustre son sens du rythme comique dans l’un de ses rôles les plus célèbres. Cette maîtrise de l’image s’étend au-delà du plateau. Le photographe Lawrence Schiller, qui l’a photographiée à la fin de sa vie, a affirmé au Guardian : « Très peu de gens comprennent vraiment la lumière. Marilyn la comprenait. » Cette conscience nourrit son ambition artistique, comme le montre son rôle dans Arrêt d’autobus, où elle explore une voie plus dramatique, soutenue par sa formation à l’Actors Studio. Son partenaire, Don Murray, a rappelé dans un entretien : « Elle voulait être une vraie actrice. »
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« Une collègue constamment en quête de perfection»
Son exigence se confirme en 1955, lorsqu’elle fonde Marilyn Monroe Productions avec le photographe Milton H. Greene. Ce geste reste rare dans une industrie dominée par le pouvoir patriarcal des studios. Elle se rend à New York pour se former, réclamer de meilleurs rôles et reprendre le contrôle de sa carrière. Lee Strasberg, son professeur à l’Actors Studio, l’a décrite dans son éloge funèbre comme « une collègue constamment en quête de perfection ».
Ce centenaire relance la réflexion sur l’icône. À Paris, la Cinémathèque française consacre une exposition Marilyn Monroe, 100 ans ! à l’actrice, mettant en avant son travail, ses films, ses costumes, ses archives et la manière dont son talent a été longtemps sous-estimé. À Los Angeles, l’Academy Museum of Motion Pictures ouvre Marilyn Monroe: Hollywood Icon, présentant des costumes, des lettres, des scripts annotés et des objets personnels. Ces deux expositions soulignent le travail, les choix et l’ambition d’une actrice souvent réduite à son pouvoir de séduction. Parmi ces pièces, la robe rose portée dans Les hommes préfèrent les blondes illustre parfaitement cette histoire. Conçue par William Travilla après le scandale des photos de nu, elle représente une tentative de la Fox de reprendre le contrôle de l’image publique de Marilyn Monroe. Le mythe perdurera, mais Norma Jeane sera effacée à jamais.
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