À quelques jours de sa mort, on peut encore avoir le désir de vivre
Le président de la République a récemment promulgué une loi qui qualifie l’acte de donner la mort de « soin ». Cette décision marque un tournant dans la perception de la fin de vie en France. Il y a quarante ans, un président précédent avait, quant à lui, institué la première unité dédiée à humaniser la mort, un projet auquel j’ai participé en tant que psychologue pendant dix ans.
Récemment, lors d’un événement culturel à l’île d’Yeu, j’ai eu une discussion avec l’acteur Denis Podalydès, qui m’a interrogée sur mes sentiments concernant cette nouvelle loi. Ma réponse a été claire : je ressens de la tristesse. Cette législation soulève des questions sur la manière dont nous prenons soin des personnes en fin de vie.
La première unité de soins palliatifs avait pour objectif d’accueillir des patients que la médecine ne pouvait plus guérir, mais qui avaient encore du temps à vivre. Ce lieu devait offrir un environnement où les douleurs seraient soulagées et les familles soutenues, permettant ainsi aux patients de conserver un désir de vivre, même à l’approche de la mort.
Les médecins impliqués dans ces soins s’engageaient à éviter toute souffrance, utilisant leur expertise pour administrer les traitements nécessaires. Le cœur de cette approche se résume souvent à la promesse : « Je ne t’abandonnerai pas », une déclaration qui repose sur une présence authentique et une acceptation des limites humaines.
Cependant, la tendance actuelle à considérer l’aide à mourir comme une réponse à la détresse soulève des préoccupations. Une injection létale, souvent perçue comme une solution rapide et technique, peut négliger la complexité des émotions et des besoins des patients en fin de vie. Leurs désirs de mourir fluctuent souvent en fonction de leur sentiment d’abandon ou de la qualité des relations qu’ils entretiennent.
La promulgation de cette loi a suscité des critiques, y compris de la part de professionnels de santé et d’associations, qui estiment qu’elle ne favorise pas une approche humaine de la fin de vie. En parallèle, le film « Soudain » du réalisateur Ryûsuke Hamaguichi, qui explore le concept d’humanitude, souligne l’importance de la dignité et de la présence humaine pour les personnes vulnérables.
La question demeure : cette loi, qui privilégie l’acte létal, sera-t-elle réellement applicable ? Les implications psychologiques pour ceux qui seraient amenés à administrer cette aide à mourir sont complexes et souvent ignorées. Il est crucial de veiller à ce que ce « droit à la mort » ne se transforme pas en « devoir de mourir ».
Je m’engage à participer à la vigilance nécessaire pour garantir que les valeurs d’humanité et de solidarité demeurent au cœur des soins en fin de vie.
Source : La Croix.

