Marie de Gournay : Éditrice de Montaigne et Pionnière du Féminisme
Son rêve : rencontrer Montaigne
Marie de Gournay, figure emblématique du XVIIe siècle, s’illustre par son autodidaxie en lettres, apprenant le latin et le grec dans sa Picardie natale. Contrairement aux jeunes filles de son époque, qui se consacraient au catéchisme et aux bonnes manières, elle nourrit une passion pour la littérature. Sa découverte des Essais de Michel de Montaigne en 1580 la pousse à se fixer un objectif : rencontrer le philosophe.
En 1586, à 21 ans, elle quitte son domicile familial pour Paris, déterminée à vivre de sa plume, délaissant les normes traditionnelles de mariage et de maternité. Deux ans plus tard, elle surmonte sa timidité et contacte Montaigne, qui accepte de la rencontrer immédiatement. Leur relation se développe à travers de nombreuses promenades littéraires, marquées par une admiration mutuelle.
La « fille d’alliance » de Montaigne
Marie de Gournay se lie également à la famille de Montaigne, rencontrant sa femme Françoise de La Chassaigne et leur fille Léonore. Montaigne, séjournant dans l’Oise, considère rapidement Marie comme une fille adoptive, la qualifiant de « fille d’alliance ».
En 1594, elle publie son premier ouvrage, Le Proumenoir de Monsieur de Montaigne, qui aborde les dangers des femmes dépendantes des hommes. Contrairement à de nombreuses autrices de son temps, elle revendique son identité sur la couverture, se présentant comme « Marie de Gournay, fille d’alliance de Montaigne ».
La troisième édition des Essais
Après la mort de Montaigne en 1592, Marie de Gournay est sollicitée par son épouse pour préparer la troisième édition des Essais, restée inachevée. Elle y intègre les corrections du philosophe, traduit des citations latines et rédige une préface défendant ses idées. Cette édition est publiée en 1595 et suivie d’une révision en 1598.
Une autrice et traductrice prolifique
Soutenue par le mécénat de figures telles que Marguerite de Valois, Marie de Gournay parvient à vivre de son écriture. Elle obtient le privilège rare de publier ses œuvres elle-même, avec trois éditions complètes de ses écrits en 1626, 1634 et 1641. Elle se distingue également comme critique littéraire, faisant face à des critiques acerbes tout en persistant dans son œuvre.
Marie traduit plusieurs classiques latins, dont des écrits de Salluste et Tacite, ainsi qu’une partie de L’Énéide de Virgile, publiées en 1619.
Deux essais féministes
Marie de Gournay, célibataire, consacre sa vie à l’écriture et défend le droit des femmes à l’éducation dans deux essais significatifs. Dans Égalité des hommes et des femmes (1622), elle argue que les femmes pourraient rivaliser avec les hommes si elles avaient accès à la même éducation. Dans Grief des dames (1626), elle déplore l’absence de droits des femmes, notamment en matière de propriété et d’accès à la fonction publique.
Marie de Gournay demeure une figure incontournable, préfigurant le féminisme moderne par ses écrits et son engagement intellectuel.
Source : Actualitté
