Marc Bloch : une figure emblématique de l’histoire française entre au Panthéon

Historien majeur du XXᵉ siècle, Marc Bloch, résistant et témoin engagé des deux guerres mondiales, fera son entrée au Panthéon le 23 juin 2026. Cette reconnaissance honore un homme qui, de la salle de classe d’Amiens aux tranchées de 14-18, a incarné une nouvelle manière de penser l’Histoire.

Le 13 juillet 1914, dans la cour du lycée de garçons d’Amiens, Marc Bloch déclare à ses élèves : « Je suis professeur d’histoire ». Trois semaines plus tard, la guerre éclate et le jeune agrégé rejoint le 72ᵉ régiment d’infanterie d’Amiens, devenant ainsi un acteur de l’Histoire qu’il enseignait.

Marc Bloch quitte la salle de classe pour le front, une expérience qu’il décrit comme une véritable « observation participante ». La retraite française de 1914 est « moralement et physiquement épuisante », mais il ressent également un intérêt profond pour ce qu’il observe, un regard déjà empreint de la perspective de l’historien.

À l’issue de ses études à l’École normale supérieure de Paris, il s’engage à servir l’État pendant dix ans, principalement dans l’enseignement ou la recherche. Il enseigne d’abord au lycée de Montpellier puis à Amiens, ignorant qu’il devra bientôt prendre les armes.

Durant la guerre, il est promu au grade de sergent et participe à des batailles marquantes comme celle de la Marne. Selon Stéphane Audoin-Rouzeau, il vit le passage de la guerre de mouvement à la guerre de position, notamment en Argonne, l’un des secteurs les plus difficiles du front ouest.

Malgré la gravité de la situation, Bloch écrit peu sur ses expériences militaires. Ses honneurs, obtenus après-guerre, témoignent de son courage : il reçoit plusieurs citations, la Croix de guerre et la Légion d’honneur.

Les événements de la Première Guerre mondiale marquent durablement sa manière d’écrire l’histoire. Il développe des réflexions sur les rumeurs de guerre et les fausses nouvelles, qui influenceront son œuvre majeure, « La Société féodale », publiée en 1924. Sa méthode régressive, qui utilise son expérience présente pour mieux comprendre le passé, révolutionne l’historiographie.

L’impact de la guerre ne s’arrête pas là ; elle façonne aussi son idée du devoir national, ancrée dans son héritage familial juif alsacien. Bloch incarne un patriotisme qu’il estime perdu à l’entre-deux-guerres, exprimant le souhait de « verser encore du sang » pour la France.

En 1939, alors qu’une nouvelle guerre se profile, il demande à être rappelé et rejoint l’armée en tant qu’officier de réserve. Après la défaite de 1940, il entre dans la Résistance, où il est finalement arrêté et exécuté par la Gestapo en 1944.

La panthéonisation de Marc Bloch, annoncée par le Président de la République lors du 80ᵉ anniversaire de la libération de Strasbourg, vise à remettre son œuvre et son message au cœur du débat public.

Sa petite-fille, Suzette Bloch, souligne l’importance de faire connaître l’unicité de l’homme : historien, combattant et citoyen engagé contre le nazisme, son héritage résonne particulièrement dans le contexte actuel des discriminations racistes.

Cette panthéonisation, prévue pour le 23 juin prochain, rappelle que derrière la figure nationale se cache également un professeur ayant marqué les esprits dans les salles de classe d’Amiens.

Source : Franceinfo

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