Marc Bloch et la Réflexion sur les Fausses Nouvelles
Mardi 23 juin, Marc Bloch sera célébré sous le dôme du Panthéon, devenant ainsi le premier historien à entrer dans la crypte où la République honore ses figures emblématiques. Né en 1886, Bloch est reconnu comme l’un des historiens français les plus influents du XXe siècle, notamment pour ses ouvrages Les Rois thaumaturges et L’Étrange défaite. Ancien soldat de la Première Guerre mondiale, il a également été résistant, arrêté et exécuté par la Gestapo en 1944.
La pertinence de Bloch dans le contexte actuel des fausses nouvelles et des théories du complot s’illustre dans son essai de 1921, Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre. Dans ce texte, il analyse comment la guerre modifie la perception du vrai et du faux, citant un proverbe allemand : « Quand la guerre éclate dans le pays, les mensonges s’y multiplient comme le sable. »
Bloch souligne que les fausses nouvelles nécessitent un terreau culturel pour prospérer, affirmant que « l’erreur ne se propage, ne s’amplifie, ne vit enfin qu’à une condition : trouver dans la société où elle se répand un bouillon de culture favorable. » Cela signifie que ces rumeurs ne se développent pas sur un sol vierge, mais plutôt dans un contexte de peurs et de préjugés préexistants.
Il met également en lumière la rétroaction des fausses nouvelles sur la réalité des conflits. En s’appuyant sur des études sociologiques, il démontre comment des croyances infondées peuvent mener à des violences réelles, comme cela a été le cas lors de massacres en Belgique pendant la Première Guerre mondiale.
Les observations de Bloch résonnent aujourd’hui, notamment face à des événements récents tels que les fausses allégations entourant le conflit en Ukraine et les rumeurs qui ont suivi les attaques du 7 octobre 2023. Ces phénomènes montrent que même des vérités horribles peuvent être déformées par des récits légendaires, ce qui complexifie notre compréhension des événements.
En conclusion, l’œuvre de Marc Bloch nous rappelle que les fausses nouvelles ne sont pas simplement des erreurs isolées, mais des constructions collectives qui révèlent nos angoisses et nos croyances. Cette réflexion est d’une pertinence accrue à une époque où l’accès à l’information est omniprésent, mais où le discernement reste un défi.
Source : Revue de synthèse historique (1921).