À la Une: le bâillonnement de l’opinion au Mali - Revue de presse Afrique

À la Une : Le bâillonnement de l’opinion au Mali

Difficile au Mali d’exprimer publiquement une opinion autre que celle de la junte au pouvoir. Hommes politiques, journalistes, influenceurs, chroniqueurs, commentateurs et activistes de la société civile sont constamment dans le viseur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité. Les arrestations et les condamnations sont monnaie courante, tandis que les libérations restent rares. La récente sortie de Moussa Mara, ancien Premier ministre malien, après un an derrière les barreaux, illustre cette situation.

Moussa Mara avait été emprisonné pour avoir soutenu plusieurs personnalités détenues, dont le chroniqueur Ras Bath et l’influenceuse Rose Vie Chère, les qualifiant de « détenus d’opinion ». Le 27 octobre 2022, il avait été condamné à deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme, accompagné d’une amende de 500 000 francs CFA. Les accusations portaient sur l’ »atteinte au crédit de l’État », l’ »incitation à troubler l’ordre public » et l’ »opposition à l’autorité légitime ».

Chahana Takiou trop critique

La répression s’est également abattue sur Chahana Takiou, directeur de publication du journal Le 22 Septembre, qui a été condamné à douze mois de prison, dont six mois ferme. Arrêté le 8 juin 2023, il a déjà purgé deux mois et devrait être libéré le 8 décembre, sauf grâce présidentielle. Takiou a été condamné pour « atteinte au crédit de l’État à travers l’institution judiciaire », après avoir critiqué l’application de la loi sur la cybercriminalité à l’encontre des journalistes lors d’un forum à Bamako.

De plus en plus de poursuites

Les autorités maliennes intensifient les poursuites contre des personnalités accusées de porter atteinte aux institutions ou à la sûreté de l’État. Cette tendance, qui touche de plus en plus les journalistes et les militants, est souvent instruite sous le prisme de la cybercriminalité, une évolution dénoncée par des organisations de défense de la liberté de la presse.

Dans ce climat de répression, Moussa Mara a exprimé, lors de sa première prise de parole publique après sa libération, un appel à l’unité et à la réconciliation, évitant de nourrir des ressentiments envers les autorités.

Le chroniqueur Ras Bath à nouveau en procès

Des procès sensibles sont attendus prochainement, notamment celui de Ras Bath, détenu depuis mars 2023. Initialement poursuivi pour « simulation d’infraction », il avait été relaxé en juillet 2023, mais sa remise en liberté n’a jamais été exécutée. Il fait maintenant face à de nouvelles accusations, dont « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ».

La situation au Mali soulève des inquiétudes quant à la liberté d’expression et à la sécurité des acteurs de la société civile.

(Source : Afrik.com, Jeune Afrique)

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