Malacca, talon d’Achille de Pékin
Avec Ormuz, le monde a redécouvert l’importance de ces détroits qui façonnent les mers. Cette semaine, escale à la porte d’entrée de l’Asie, à Malacca, zone clé de la puissance chinoise.
La moiteur des petits matins d’Asie, le ciel plombé, la chaleur huileuse des pontons et le bruit régulier des pistons, ce martèlement sourd qui monte des entrailles des navires où s’activent des milliers de marins philippins, indiens, pakistanais… À la sortie du détroit de Malacca, entre Singapour et les rives de Sumatra, les bateaux manœuvrent pour s’éviter, passant à bonne distance des plateformes où brûlent les torchères.
Des bâtiments de toutes tailles, porte-conteneurs géants, pétroliers, remorqueurs, ravitailleurs, petites embarcations traditionnelles en bois qui viennent se mettre à couple pour proposer le fruit de leur pêche du jour. D’un côté, les tours de verre et d’acier de la cité-État, la ville qui gagne chaque année du terrain sur la jungle, avec ses quais et entrepôts à perte de vue. De l’autre, des chapelets d’îles, mangroves où s’enchevêtrent les lianes dans une odeur d’humus, criques cachées où viennent se réfugier les pirates.
Ce monde taillé pour l’aventure, cet univers qui évoque Joseph Conrad et les Hollandais échoués de La Folie Almayer, est aussi l’une des zones de tension les plus importantes du monde. D’une profondeur plutôt faible (23 mètres en moyenne), ce couloir maritime s’étend sur quelque 900 kilomètres de long. Son ouverture nord-ouest permet de relier la mer d’Andaman, dans la partie méridionale de l’océan Indien, au détroit de Singapour et à la mer de Chine orientale au sud-est.
Source : La Tribune



