Maison fissurée : la facture du retrait-gonflement des argiles explose pour les asurs
Plus de 12 millions de maisons françaises sont menacées par un phénomène silencieux mais dévastateur : le retrait-gonflement des argiles (RGA). Depuis 2026, la sécheresse est devenue le principal poste d’indemnisation du régime des catastrophes naturelles, mettant les asurs et la Caisse Centrale de Réassurance (CCR) face à une facture qui pourrait déstabiliser l’équilibre économique du marché de l’assurance habitation. Les sols argileux, soumis à des cycles de sécheresse prolongée suivis de réhydratations brutales, provoquent des mouvements différentiels qui fisnt les fondations, déforment les structures et bloquent les ouvertures. Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) estime que 55 % du territoire français est exposé à un risque moyen à fort, transformant un aléa géotechnique en bombe à retardement financière pour l’ensemble du secteur.
Une explosion de coûts qui redessine l’économie de l’assurance MRH
Le retrait-gonflement des argiles a rapidement détrôné les inondations et tempêtes pour devenir la principale source de dépenses du régime des catastrophes naturelles. Les asurs multirisques habitation (MRH) doivent faire face à un afflux de déclarations de sinistres liés aux fiss structurelles, aux ruptures de canalisations et aux déformations de bâtiments. La CCR, organisme de réassurance étatique, absorbe une part croissante de ces indemnisations. Contrairement aux événements climatiques ponctuels, le RGA s’inscrit dans la durée : les dégâts apparaissent progressivement, nécessitent des expertises longues et complexes, et les réparations s’étalent sur plusieurs mois.
12 millions de maisons exposées : l’ampleur du risque financier
Avec 12 millions de logements concernés, le marché assurantiel français est exposé à un risque systémique. Le Languedoc-Roussillon concentre une part importante des sinistres, notamment dans l’Aude, l’Hérault, le Gard et les Pyrénées-Orientales, mais aucune région n’est épargnée. Chaque maison touchée représente un dossier potentiel d’indemnisation pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros. La mutualisation des risques, principe fondateur du régime CatNat, trouve ici ses limites : lorsque 55 % du territoire est exposé, la solidarité nationale devient une charge financière difficilement soutenable sans ajustement tarifaire.
Reprise en sous-œuvre : des réparations au coût prohibitif
Réparer une maison victime du RGA nécessite souvent une reprise en sous-œuvre des fondations, technique qui consiste à renforcer ou remplacer les assises du bâtiment. Les coûts oscillent entre 30 000 et 80 000 euros selon la surface et l’ampleur des désordres. Pour les propriétaires, l’enjeu dépasse la simple réparation : il s’agit de préserver la valeur patrimoniale de leur bien et d’éviter une dépréciation massive sur le marché immobilier.
Les asurs face à un dilemme : absorber les pertes ou augmenter les primes
La CCR joue un rôle pivot dans le système français des catastrophes naturelles, réassurant les asurs à hauteur de 50 % pour les événements CatNat. Cependant, l’escalade des coûts liés au RGA teste la robustesse du modèle. Les projections climatiques annoncent des sécheresses plus fréquentes et plus intenses, accentuant les cycles de retrait et de gonflement des sols argileux. Les asurs envisagent une augmentation des primes d’assurance multirisques habitation pour compenser la dérive des indemnisations liées au RGA.
Les défaillances administratives qui gonflent les dépenses
De nombreux dossiers sont classés sans suite en raison d’investigations techniques insuffisantes, ce qui complique l’indemnisation rapide des assurés. Ces classements alourdissent la facture globale et entraînent des contentieux juridiques supplémentaires. Obtenir une indemnisation CatNat nécessite à la fois la reconnaissance d’un arrêté interministériel de catastrophe naturelle et la démonstration du lien entre cet événement et les désordres constatés sur la maison.
Scénarios prospectifs : vers une crise du régime CatNat ?
Les modèles climatiques prévoient que les sécheresses prolongées se multiplieront dans les décennies à venir. Les asurs anticipent un doublement des sinistres liés au RGA dans les cinq prochaines années, avec des coûts annuels pouvant dépasser les 2 milliards d’euros pour le régime CatNat à l’horizon 2036.
Face à cette facture croissante, les acteurs économiques français doivent repenser leurs modèles pour préserver l’accès à l’assurance habitation tout en garantissant la viabilité financière du régime CatNat.
Source : Economie Matin
