Madagascar: l'argent des crédits carbone n'arrive pas jusqu'aux communautés - Afrique économie

Madagascar : Les revenus des crédits carbone peinent à atteindre les communautés locales

À Madagascar, une enquête menée par des journalistes d’investigation met en lumière la difficulté pour les revenus des crédits carbone d’atteindre les communautés locales chargées de protéger les forêts. Bien qu’un premier versement d’environ 9 millions de dollars ait été effectué par la Banque mondiale en 2021, des lourdeurs administratives entravent la mise en œuvre de projets et le transfert de fonds.

Le mécanisme REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts) vise à transformer la protection des forêts en revenus. À Madagascar, ce programme s’applique à 14 aires protégées, gérées par des organisations privées. Selon Lynda Andriatsitonta, journaliste d’investigation au sein du réseau Malina, « 5% des revenus issus des crédits carbone sont alloués aux communautés locales, en récompense de leurs efforts de protection des forêts. Cependant, de nombreuses communautés n’ont toujours pas reçu les bénéfices qui leur sont destinés, certaines n’étant même pas au courant de leur existence. »

Des communautés locales tenues à l’écart des retombées

La moitié des revenus générés par les crédits carbone est destinée aux gestionnaires d’aires protégées, qui doivent les réinvestir dans des projets de reboisement et d’autres activités en concertation avec les communautés locales. Toutefois, les journalistes de Malina soulignent que « la consultation semble rester lettre morte » et dénoncent des « mécanismes de décision opaques ».

Lovakanto Ravelomanana, coordinatrice du système REDD+ au ministère de l’Environnement, explique que l’ampleur géographique du programme complique son application : « Deux millions d’hectares d’aires protégées sont concernés. Certaines zones sont difficiles d’accès, ce qui rend la sensibilisation des communautés locales encore plus complexe. »

Blocages et lenteurs administratives

Des freins administratifs aggravent la situation. Les communes, qui devraient recevoir 13% des fonds, se plaignent de ne pas avoir reçu l’argent deux ans et demi après le premier décaissement. Ravelomanana explique que « la machine administrative est très lourde. Les erreurs entraînent des retards considérables, et un dossier peut rester bloqué pendant des mois au sein d’un même ministère. »

Un accord entre la Banque mondiale et Madagascar prévoit le versement de deux autres tranches de crédits carbone, représentant environ 42 millions de dollars supplémentaires, à condition de réduire effectivement les émissions de gaz à effet de serre et d’appliquer le plan de partage des revenus.

Source : RFI

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