Emmanuel Macron – Giorgia Meloni : un sommet pour enterrer la hache de guerre
C’est une rencontre attendue. Ce jeudi 25 juin à Antibes, sur la Côte d’Azur, la dirigeante italienne Giorgia Meloni et le président français Emmanuel Macron vont se réunir pour leur premier et probablement dernier sommet bilatéral, lors duquel ils doivent signer une série d’accords couvrant des domaines allant du nucléaire à l’aérospatial.
L’échange revêt une portée particulière : aucun sommet bilatéral de haut niveau entre la France et l’Italie ne s’était tenu depuis février 2020, à Naples, sous le gouvernement de Giuseppe Conte. Il s’agit également du premier sommet organisé depuis l’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir en 2022 et de la première concrétisation politique majeure du traité du Quirinal, signé en 2021 et entré en vigueur en 2023 pour renforcer la coopération entre les deux pays.
Une relation difficile
Il faut dire que par le passé, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont entretenu une relation difficile, marquée par des affrontements sur de nombreux sujets, allant de l’immigration au droit à l’avortement, en passant par l’assassinat d’un militant d’extrême droite, Quentin Deranque, plus tôt cette année, qui avait provoqué une vive émotion dans les rangs de la majorité de Giorgia Meloni. Lorsqu’elle était encore dans l’opposition, Giorgia Meloni attaquait aussi constamment le dirigeant français, allant jusqu’à l’accuser de s’approprier la souveraineté du sommet du Mont Blanc au détriment de l’Italie et de pratiquer un néocolonialisme en Afrique.
Peu après l’élection de Meloni en 2022, Macron a tenté d’établir des ponts avec la dirigeante italienne, mais celle-ci a montré peu d’intérêt. L’obsession du couple franco-allemand conduit souvent Paris à négliger l’Italie. Aujourd’hui, Emmanuel Macron a besoin de Giorgia Meloni pour peser à Bruxelles, les deux pays ayant des finances publiques ultracontraintes, ce qui rapproche leurs positions sur de nombreux dossiers.
Une feuille de route sécuritaire
L’importance du moment à Antibes est soulignée par la présence d’une impressionnante cohorte de ministres, avec les Affaires étrangères pour évoquer les points de convergence diplomatiques (sur la stabilisation du Liban, la sécurisation du détroit d’Ormuz ou le soutien à l’Ukraine), mais aussi la Défense, l’Économie, l’Énergie, l’Intérieur, l’Agriculture, l’Enseignement supérieur, la Culture, et les Transports.
En matière de sécurité, les deux dirigeants doivent signer une feuille de route franco-italienne pour la période 2026-2031 et publier un document sur la vision sécuritaire et stratégique en Méditerranée. Les programmes communs de développement des missiles Aster et des systèmes antiaériens SAMP-T (le « Patriot européen ») devraient également être mis à l’honneur, tandis qu’un accord de coopération sur le nucléaire civil est prévu à un moment où l’Italie songe sérieusement à renouer avec l’atome.
Redorer son blason
Déjà en campagne électorale, Giorgia Meloni compte sur ce sommet bilatéral pour promouvoir sa politique intérieure. Depuis les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, la dirigeante italienne adopte une attitude plus conflictuelle vis-à-vis de Donald Trump, et leur relation a dégénéré la semaine dernière en une querelle spectaculaire. En accord avec la vision pro-européenne de Macron, elle semble désormais davantage disposée à prendre ses distances avec Washington. Après avoir perdu un référendum et vu les sondages fléchir, Meloni utilise ce sommet comme une vitrine pour redorer son blason.
Un universitaire souligne que la relation avec les États-Unis est davantage un problème qu’une solution, ce qui place les Européens face à leurs responsabilités et contribue à enterrer les haches des petites guerres intra-européennes. La consolidation des relations entre la France et l’Italie pourrait donc renforcer leur position face aux pressions extérieures.
Source : L’Express