Entre prévention et promotion : les campagnes de lutte contre l’obésité cherchent leur équilibre
Partout dans le monde, les géants pharmaceutiques financent des campagnes de prévention contre l’obésité. Cette analyse se penche sur le débat autour de l’interdiction de la publicité pour les médicaments. Cette règle est-elle encore applicable dans le contexte actuel ?
Début mars, un panneau publicitaire numérique à la station de tram de l’aéroport de Zurich a attiré l’attention avec le message « Adipositas ist nicht Ihre Schuld » (l’obésité n’est pas votre faute), accompagné d’un QR code et d’une recommandation de consulter un médecin. Peu après, une annonce rouge est apparue, arborant le logo de l’entreprise Eli Lilly, l’un des deux plus grands fabricants de traitements anti-obésité.
Le mois suivant, des panneaux similaires ont été observés dans la partie francophone de la Suisse, souvent à proximité de publicités pour des chaînes de restauration rapide. Des affiches, des spots télé et des campagnes en ligne sur l’obésité, sponsorisées par ces laboratoires, ont également fleuri dans d’autres pays, de la France à l’Inde.
Il est rare de voir des logos d’entreprises pharmaceutiques sur des panneaux publicitaires en Suisse. Dans la plupart des pays développés, à l’exception des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande, la publicité auprès du grand public pour les médicaments sur ordonnance est interdite.
Les panneaux observés en Suisse, issus d’une campagne d’un mois lancée par Eli Lilly autour de la Journée de lutte contre l’obésité, se distinguent des publicités américaines par leur approche moins agressive. Ils ne mentionnent pas de produit spécifique ni ne montrent l’utilisation d’un médicament.
Les campagnes de prévention peuvent être diffusées si leur contenu est complet et équilibré. Cela signifie qu’elles ne peuvent faire référence à des médicaments sur ordonnance que si elles évoquent également tous les autres modes de prévention et de traitement.
Cependant, la frontière entre sensibilisation et promotion est ténue. Même sans mentionner un traitement spécifique, une entreprise peut enfreindre les règles si elle évoque indirectement un médicament disponible sur ordonnance. Swissmedic, l’autorité de régulation, a lancé une enquête sur la campagne d’Eli Lilly pour vérifier d’éventuelles violations.
En mai, Eli Lilly a suspendu une campagne de prévention en Inde suite à un avis réglementaire. En France, une amende a été infligée à Eli Lilly et à Novo Nordisk pour des discours considérés comme de la publicité indirecte pour des médicaments anti-obésité.
La législation vise à protéger la santé publique et à garantir que l’information sur les produits médicaux soit factuelle et responsable. Les laboratoires voient dans les campagnes de sensibilisation une opportunité commerciale, mais cela soulève des questions sur la confiance du public envers ces messages.
De nombreuses maladies, comme l’obésité, sont encore mal comprises et stigmatisées. Selon Eli Lilly, la campagne de prévention vise à mieux faire comprendre que l’obésité est une maladie grave et chronique, et à souligner l’importance de consulter un médecin.
Cette dynamique entre prévention et promotion met en lumière les défis auxquels sont confrontés les laboratoires pharmaceutiques dans la diffusion de messages de santé publique.
Source : Swissinfo