Lutte contre les incendies : 10 ans de sous-investissement rattrapés par les flammes
La lutte contre les incendies de forêt en France est au cœur d’une controverse politique intense. Les partis politiques s’accusent mutuellement d’avoir compromis les moyens alloués à la sécurité civile. Le gouvernement affirme avoir « doublé » les crédits de la sécurité civile, tandis que l’opposition dénonce l’annulation de commandes essentielles de Canadair. Dans ce contexte, les collectivités locales, presque seules à financer les pompiers, appellent à l’aide.
Sur le long terme, les crédits de l’État pour la sécurité civile ont effectivement augmenté, englobant l’achat de matériel et le développement du système d’alerte FR-Alert. Cependant, l’incendie majeur ayant ravagé la Gironde en 2022 a suscité des promesses de renforcement des capacités, notamment le remplacement des douze Canadair français et l’acquisition de quatre nouveaux appareils d’ici 2027.
Une prise de conscience avortée
Malgré ces promesses, les réalités budgétaires sont préoccupantes. En début d’année 2024, le gouvernement a reconnu une situation budgétaire alarmante, exacerbée par des mes comme le chèque énergie, qui a contribué à creuser le déficit. Le gouvernement a donc engagé une cure d’austérité, réduisant de 10 milliards d’euros le budget en cours, dont 53 millions d’euros de crédits pour la sécurité civile, annulés par décret. Par conséquent, la flotte de Canadair n’a pas été renouvelée et reste vieillissante, avec un âge moyen de trente ans.
Une partie des crédits a été réaffectée au budget 2026, mais ne parvient pas à égaler le niveau de 2024.
Effort budgétaire minime
L’effort budgétaire de l’État pour la sécurité civile demeure faible par rapport à d’autres priorités, comme la sécurité routière ou la lutte contre l’immigration. Éric Coquerel, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, a souligné que les investissements dans les sapeurs-pompiers s’élèvent à environ 100 euros par habitant et par an, un montant bien inférieur à celui alloué à d’autres services publics.
Depuis 2019, le budget des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) a augmenté de 17,6 %, tandis que celui de la défense a crû de 59 %. En 2024, les Sdis ont réalisé environ 4,8 millions d’interventions, marquant une hausse de 33 % en vingt ans, due à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des incendies.
Conséquences sur la prévention
Le fonds de prévention des risques naturels majeurs, également connu sous le nom de « fonds Barnier », a subi une réduction de 20 % entre 2025 et 2026, entraînant une diminution de 62 millions d’euros de crédits de paiement. Ces fonds sont essentiels pour des actions préventives, notamment dans les zones à risque d’inondation et de glissement de terrain.
L’association Départements de France a averti que sans un soutien accru, le système de lutte contre les incendies est voué à l’embolie, ce qui limite la capacité à répondre efficacement aux crises. La gestion actuelle, qualifiée de « gestion à vue », engendre une tension permanente sur les moyens disponibles.
Les défenseurs des pompiers soulignent que chaque euro investi en prévention permettrait d’économiser 29 euros en réparations, illustrant l’importance d’un investissement accru dans la lutte contre les incendies.
Source : Reporterre


