L'univers joue une note de musique depuis 2,5 milliards d'années — et aucune oreille humaine ne l'entendra jamais

L’univers joue une note de musique depuis 2,5 milliards d’années — et aucune oreille humaine ne l’entendra jamais

En 2003, le télescope spatial Chandra a observé l’amas de Persée, un regroupement de galaxies situé à 250 millions d’années-lumière. Les physiciens cherchaient des ondes de pression dans le gaz chaud intergalactique. Leur analyse a révélé une découverte inattendue : cet amas émettait une note de musique, la plus grave jamais détectée dans l’univers. Cette note, qui dure depuis 2,5 milliards d’années, est inaudible pour l’oreille humaine.

Un son dans le vide — mais pas n’importe quel vide

Dans l’espace, il est souvent dit que personne ne peut entendre un cri. Cela s’applique au vide interstellaire. Cependant, les amas de galaxies ne sont pas vides ; ils contiennent un gaz chaud et diffus, le milieu intra-amas, capable de transmettre des ondes de pression. Ces ondes, qui constituent le son, peuvent se propager dans ce gaz cosmique sur de vastes distances, à des fréquences impossibles à détecter autrement que par leurs effets sur le gaz.

Cette découverte a été documentée par des physiciens du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics dans une étude publiée dans The Astrophysical Journal.

57 octaves sous le do central

La note émise par l’amas de Persée est un si bémol, mais pas un si bémol ordinaire. Elle se situe 57 octaves en dessous du si bémol le plus grave qu’un piano puisse produire. Pour illustrer, chaque octave divise la fréquence par deux. Ainsi, 57 octaves en dessous du registre audible humain équivaut à une fréquence d’environ 10 millions d’années par oscillation. Une seule vibration de cette note prend dix millions d’années à se compléter. En comparaison, la période orbitale de la Terre autour du Soleil — une année — ne représente qu’un cent-millième d’une oscillation de ce son.

Un régulateur cosmique de la formation des étoiles

Ce son n’est pas simplement une curiosité scientifique ; il joue un rôle fonctionnel dans la physique des amas de galaxies. Le trou noir supermassif au centre de l’amas de Persée éjecte périodiquement d’immenses jets de plasma, comprimant le gaz environnant et générant ces ondes de pression. Ce phénomène contribue à chauffer le gaz, empêchant ainsi son refroidissement excessif, ce qui pourrait mener à la formation d’étoiles.

Des recherches publiées dans Monthly Notices of the Royal Astronomical Society ont montré que ces ondes acoustiques cosmiques ne sont pas isolées mais constituent un mécanisme régulateur à l’échelle de l’univers.

Sources : Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, The Astrophysical Journal, Monthly Notices of the Royal Astronomical Society.

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