« L’espace Schengen n’est pas le problème » : après la crise migratoire à Ceuta, l’heure est à l’apaisement
Les tensions ont diminué cinq jours après l’afflux massif de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta. Lors d’une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne (UE), les pays membres ont montré des signes d’unité pour analyser la crise. Selon Laurent Nuñez, ministre français de l’Intérieur, tous les États ont « salué la gestion espagnole de la crise » et affirmé leur solidarité avec l’Espagne, ainsi que « sa collaboration remarquable avec le Maroc ». La France n’a pas rejoint les 22 dirigeants européens qui avaient critiqué l’Espagne pour son plan de régularisation des sans-papiers.
Cette marée humaine, qui a provoqué une onde de choc en Espagne et en Europe, a été de courte durée. Parmi les 72 000 migrants qui sont entrés à Ceuta, environ 70 000 sont déjà retournés au Maroc, tandis qu’environ 800 mineurs isolés ont été protégés. Aucun migrant n’a pu accéder au continent européen, car Ceuta et Melilla disposent d’un régime spécifique au sein de l’espace Schengen, excluant ces enclaves du libre passage. Laurent Nuñez a déclaré : « Nous avons tous convenu que l’espace Schengen n’était pas le problème, mais la solution ». Malgré cela, l’Italie a unilatéralement décidé de suspendre les accords de Schengen avec l’Espagne, une action contestée par le cadre juridique en vigueur.
Giorgia Meloni, la présidente du Conseil italien, cherche à capitaliser sur ces événements en vue des élections de 2027, qui seront marquées par des enjeux migratoires. Elle craint de perdre des voix au profit de l’extrême droite. Paradoxalement, elle avait fait appel à la solidarité européenne lors de l’arrivée de plus de 10 000 migrants sur l’île de Lampedusa en septembre 2023, tout en ayant accueilli près d’un million de travailleurs extracommunautaires en cinq ans.
Un barrage flottant à Ceuta
L’Espagne prévoit d’installer un barrage flottant à Ceuta pour empêcher les migrants de rejoindre le territoire à la nage. Au moins 75 migrants ont perdu la vie la semaine dernière en tentant de rejoindre l’Europe. Notamment, le durcissement des politiques migratoires dans l’UE a coïncidé avec une baisse significative des entrées irrégulières de migrants, avec une diminution de 37 % au premier semestre 2026, après une baisse de 26 % en 2025, selon Frontex.
Des pays comme le Danemark, l’Autriche et l’Allemagne souhaitent aller au-delà du pacte asile-migration, en envisageant des zones d’attente pour les demandeurs d’asile aux frontières extérieures de l’UE. Bruxelles pourrait bientôt leur permettre d’envoyer des migrants dans des États tiers, tels que l’Ouganda ou le Rwanda, bien que des projets similaires aient rencontré des obstacles juridiques.
Source : Le Dauphiné


