« J’ai été violé à dix ans » : le récit de Lumière Kololo, enfant des rues à Kinshasa
À Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), des centaines d’enfants vivent dans les rues de la capitale, souvent rejetés et stigmatisés. Lumière Kololo, qui a grandi dans cette réalité difficile, témoigne de son parcours dans son livre intitulé « Balabala Ebota Mwana Te ».
Un parcours marqué par la violence
Lumière Kololo se souvient de sa première nuit dans la rue à l’âge de dix ans. « Ma tante, elle m’envoyait vendre des sachets. Les grands, ils m’ont frappé et ils m’ont pris tout ce que j’avais. J’ai commencé à pleurer. Quand je suis rentré, j’ai parlé à ma tante. Elle m’a chassé », raconte-t-il. Très vite, il devient victime de violences, un traumatisme qu’il évoque dans son ouvrage : « J’ai été violé à l’âge de dix ans. Ça, c’est quelque chose que j’étais pas du tout content de raconter aux gens. Quand j’écrivais, je me sentais bien. Ça m’a permis de m’en sortir. »
Après cinq années passées dans la rue, Lumière trouve refuge dans un centre d’accueil où il apprend la menuiserie et découvre la lecture. « Quand je voyais les gens en train de lire, moi j’étais là en train de pleurer. Je me suis aussi dit : ‘en fait, rien n’est perdu, je pourrais apprendre ?’ », confie-t-il. L’écriture devient pour lui une forme de renaissance.
Les enfants des rues à Kinshasa
Les statistiques sur le nombre d’enfants vivant dans les rues de Kinshasa sont alarmantes. Bien qu’il n’existe pas de chiffres officiels, les associations estiment leur nombre à près de 50 000. Des centres comme Mokili Na Poche tentent d’offrir un refuge et un soutien à ces enfants, mais le directeur de l’établissement, Cédrick Tshimbalanga, souligne que cela reste insuffisant.
Il appelle les autorités à agir d’urgence : « Ce phénomène existe depuis les années 90, à partir de la crise sociale qui a commencé à frapper avec tous ces pillages. Les enfants en situation de rue, on ne pouvait les voir que dans le marché. Mais les églises ont accusé des enfants d’être des sorciers. L’enfant est alors rejeté et se retrouve à la rue. »
Le directeur dénonce l’inaction de l’État congolais, qualifiant la situation d’« urgente » et avertissant des conséquences de l’abandon de ces enfants : « Plus ce problème persiste, plus il croît et plus il devient une bombe qui va éclater. »
Lumière Kololo, aujourd’hui âgé de 21 ans, travaille déjà sur son deuxième roman autobiographique, continuant de témoigner de son expérience et d’apporter un éclairage sur la vie des shégués, ces enfants abandonnés par la société.
Source : RFI

