Lot-et-Garonne : Au Hang’Art, à Agen, on cuisine l’antigaspi pour les SDF comme pour les magistrats
Yahai, bénévole, rempli le frigo solidaire installé à l’entrée du restaurant. Ici, on cultive la solidarité sans prétention mais avec constance et envie.
Yahai, bénévole, rempli le frigo solidaire installé à l’entrée du restaurant. Ici, on cultive la solidarité sans prétention mais avec constance et envie.

Valérie Deymes/SO

3 000 tonnes de denrées

Le frigo solidaire est laissé en libre-service avec une petite tirelire destinée aux utilisateurs invités à « une participation selon [leurs] moyens », à l’entrée du Hang’Art. Au comptoir du restaurant, en ce mercredi de juin, à 11 heures, Karine, cheffe de salle, répond au téléphone et accueille les couples, les familles, et les personnes isolées qui ont été amenées ici par l’application Too Good To Go, pour sauver des produits à date limite de consommation courte, comme un jambon blanc de 2 kg, proposé à 5 euros.

En cuisine, Patrice, le chef, Sébastien, le sous-chef, Guellord, aux fourneaux et à la plonge, tous salariés, et Margo, apprentie, préparent avec deux stagiaires le menu du midi.

À partir de ces denrées aux DLC très courtes, nous proposons, chaque midi, trois entrées, trois plats et trois desserts.

Le menu est élaboré selon la « ramasse alimentaire » du matin, en partenariat avec des producteurs locaux, tels que ceux de tomates à Andiran et de fraises à Sainte-Livrade, ainsi que d’autres fournisseurs comme Promocash Agen et la cuisine centrale de l’agglomération agenaise Elior. La collecte annuelle s’élève à 3 000 tonnes.

Il est 11 heures du matin, Margo et Patrice, le chef cuisinier, sont aux fourneaux pour le menu du déjeuner.
Il est 11 heures du matin, Margo et Patrice, le chef cuisinier, sont aux fourneaux pour le menu du déjeuner.

Valérie Deymes/SO

« À partir de ces denrées aux DLC très courtes, nous proposons, chaque midi, trois entrées, trois plats et trois desserts », souligne Alexandra Arnaud, responsable du pôle socio-éducatif au Hang’Art. En ce mercredi, le menu inclut des carottes râpées avec emmental et raisins secs, un wrap au jambon avec salade et tomates, ou une tarte fine à la tomate, moutarde et pesto en entrée. Pour le plat principal, les choix sont un rôti de veau avec bouillon, frites et salade, un filet de limande façon fish and chips, ou des légumes sautés à l’ail avec frites. Enfin, les desserts sont une crème mandarine avec gelée de pêche, une tarte aux fruits (fraises, pommes, pêches) et un gâteau au chocolat spéculoos.

Le prix est de 13 euros, identique pour tous les clients, qu’ils soient en tenue décontractée ou formelle, qui viennent déjeuner non seulement pour des raisons économiques, mais aussi pour l’expérience d’un repas « fait maison ».

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La formule du « repas suspendu »

Le Hang’Art ne porte pas son nom de restaurant solidaire pour rien. La solidarité est au cœur de ses missions. « Nous proposons également un menu à 10 euros, basé sur les repas non vendus des deux jours précédents, pour éviter le gaspillage. Pour y accéder, il suffit de s’inscrire pour une adhésion annuelle, qui coûte 20 euros pour un adulte, 30 euros pour un duo, ou 10 euros par adulte et 5 euros pour chaque enfant de moins de 16 ans dans le cadre de la formule tribu », explique Alexandra. « Pour les personnes sous le seuil de pauvreté, une adhésion de 15 euros permet de bénéficier d’un menu complet à 7 euros (hors boisson), une fois par semaine. »

« Monsieur invite systématiquement Madame et Madame paie chaque fois un menu supplémentaire qui bénéficiera à une personne adressée par un travailleur social ou une association. »

Il existe aussi la formule de repas suspendu. « Un couple de retraités vient une fois par semaine. Monsieur invite toujours Madame et Madame paie un menu supplémentaire qui sera offert à une personne sans abri, isolée, migrante, ou à une famille monoparentale. Cette personne pourra bénéficier d’un repas gratuit une fois par mois pendant six mois. »

Actuellement, le Hang’Art compte 200 adhérents, en hausse par rapport aux 130 de l’année précédente. « Nous avons également une famille dont l’enfant, une jeune fille autiste, vient une fois par mois car dans d’autres restaurants, les manifestations de sa maladie ne sont pas bien acceptées.

Nous accueillons tout le monde, surtout les personnes rejetées par la société. Ici, on leur montre qu’elles ont de la valeur et qu’on les aime telles qu’elles sont », précise la responsable. Le mélange des publics dans le restaurant témoigne de l’ambition du lieu, où la tolérance fait partie intégrante du service.

Des ateliers inclusifs

La société coopérative d’intérêt collectif Hang’Art a été fondée en 2018 par l’association agenaise Stand’Up. Cette dernière œuvre depuis 2010 à Agen pour renforcer le lien social et lutter contre la solitude et l’exclusion. En 2020, elle a été agréée Espace de vie sociale (EVS) par la Caisse d’allocations familiales.

Stand’Up organise tout au long de l’année des ateliers pour tous les publics, favorisant l’écriture, le partage, et l’échange, tout en soutenant une centaine de bénévoles et stagiaires. Ces derniers proviennent d’établissements scolaires, de structures médico-sociales, ainsi que de programmes de réhabilitation.

C’est Alexandra Arnaud, responsable du pôle socio-éducatif au Hang’Art, coordinatrice EVS de Stand’Up, qui invite les adultes en situation de handicap à pâtisser.
C’est Alexandra Arnaud, responsable du pôle socio-éducatif au Hang’Art, coordinatrice EVS de Stand’Up, qui invite les adultes en situation de handicap à pâtisser.

Valérie Deymes

La plupart des ateliers sont ouverts à tous : tricot, numérique, gym douce, cours de français, pâtisserie, et bien d’autres. L’agrément EVS a permis d’étendre leur champ d’action, avec des Cafés des aidants et des parents en deuil. « Nous intervenons également l’été dans les quartiers d’Agen pour proposer des animations culinaires au pied des immeubles », conclut Alexandra Arnaud, responsable du pôle socio-éducatif à Hang’Art.

Hang’Art, 116 bd Lacour, Agen, 05 53 95 72 79.

Alexandra Arnaud, responsable du pôle socio-éducatif au Hang’Art aux côtés d’Edward Baugniet, membre du collège des usagers et par ailleurs magistrat.
Alexandra Arnaud, responsable du pôle socio-éducatif au Hang’Art aux côtés d’Edward Baugniet, membre du collège des usagers et par ailleurs magistrat.
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