Violence des gangs en Haïti : l’ONU appelle à briser l’engrenage
« Les Haïtiens continuent de payer un coût humain dévastateur et intolérable », a déclaré Carlos Ruiz Massieu, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et chef du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH).
Un massacre pas isolé
Dans la nuit du 23 au 24 août, des gangs lourdement armés ont attaqué plusieurs localités de Kenscoff, surplombant la capitale Port-au-Prince. Au moins 47 personnes ont été tuées, tandis que des dizaines d’autres ont été blessées ou enlevées. Des maisons ont été incendiées, et des habitants tentant d’échapper aux violences ont été pris pour cible, y compris dans une église où plusieurs personnes ont été exécutées. M. Ruiz Massieu a appelé à la libération « immédiate et inconditionnelle » de toutes les personnes enlevées, dont des femmes et des enfants.
Cette attaque s’inscrit dans une série d’offensives à Kenscoff depuis le début de 2025, illustrant la capacité des gangs à étendre leur influence au-delà de la capitale. Entre avril et juin 2026, les violences liées aux gangs ont causé 1.408 morts et 656 blessés, selon le BINUH.
6,4 millions de personnes ont besoin d’aide
Au-delà du bilan sécuritaire, la crise humanitaire continue de s’aggraver. « Plus de la moitié de la population haïtienne – environ 6,4 millions de personnes – ont besoin d’une aide humanitaire », a indiqué Indrika Ratwatte, Sous-Secrétaire général par intérim aux affaires humanitaires.
L’attaque de Kenscoff a entraîné une nouvelle vague de déplacements, avec plus de 2.600 personnes fuyant leur domicile. Au total, près de 1,5 million de personnes, soit 12 % de la population, sont déplacées à l’intérieur du pays, dont la moitié sont des enfants. Les conditions dans de nombreux sites de déplacement restent précaires, avec un accès insuffisant à l’eau et à l’assainissement.
Les enfants pris dans l’engrenage
Les enfants sont parmi les premières victimes de cette spirale. Plus de 2,6 millions d’entre eux ont besoin d’une aide humanitaire. Selon l’UNICEF, le recrutement et l’utilisation d’enfants par des groupes armés ont augmenté d’environ 200 % en 2025. Plus de 1.600 écoles demeurent fermées, affectant 7.500 enseignants et privant plus de 240.000 élèves d’éducation.
Les femmes et les filles sont également exposées à des niveaux alarmants de violence, avec plus de 5.500 incidents de violences basées sur le genre recensés au cours des six premiers mois de 2026, dont 70 % impliquent des viols. À Port-au-Prince, seulement 10 % des établissements de santé disposant de capacités d’hospitalisation restent opérationnels.
Accélérer la réponse sécuritaire
Le 26 août, les autorités haïtiennes ont réuni la Police nationale, les Forces armées et la Force de répression des gangs pour coordonner leurs opérations. Cette force internationale, autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU, doit renforcer sa présence à Port-au-Prince, tandis que les forces nationales accroîtront leur déploiement à Kenscoff. M. Ruiz Massieu a souligné que les opérations sécuritaires doivent être accompagnées du rétablissement de l’autorité de l’État et des services essentiels.
Briser le cycle de l’impunité
L’ONU appelle à mettre fin à l’impunité. Les auteurs de l’attaque de Kenscoff, ainsi que ceux qui financent et facilitent les activités des gangs, doivent être poursuivis. Des enquêtes doivent être ouvertes rapidement par les unités judiciaires spécialisées chargées des crimes de masse et des violences sexuelles.
Pour M. Ratwatte, trois priorités s’imposent : « stopper la violence », financer durablement l’aide humanitaire et s’attaquer aux causes de la crise, notamment en matière de sécurité et d’accès aux services essentiels. « Le peuple haïtien mérite mieux que la simple survie », a-t-il conclu.
Source : BINUH

