L’ONU dénonce la violence sexuelle généralisée au Soudan
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a rapporté 546 cas de violences sexuelles liées au conflit, documentés dans 16 des 18 États du Soudan, depuis le début des hostilités en avril 2023 jusqu’à la mi-avril 2024. Ces incidents touchent 838 victimes, dont 539 femmes, 284 filles, huit hommes et sept garçons. Ces chiffres ne représentent qu’une fraction de la réalité, selon le rapport.
« À moins que les schémas et les conséquences des violences sexuelles liées au conflit ne soient traités par la justice, par des réponses centrées sur les victimes et par des efforts visant à lutter contre la stigmatisation et la discrimination, la paix et la cohésion sociale au Soudan risquent d’être compromises pendant de nombreuses années », indique le rapport.
De possibles crimes contre l’humanité
Volker Türk, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, a déclaré que la violence sexuelle est utilisée comme une arme de guerre. Si elle est commise dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique, cela pourrait constituer un crime contre l’humanité. Les violences sexuelles sont souvent perpétrées parallèlement à des attaques systématiques contre des civils, illustrant une tactique de guerre. Parmi les formes de violences documentées figurent le viol, l’esclavage sexuel, le mariage forcé et la prostitution forcée.
Dans le Darfour, des motifs raisonnables existent pour croire que certains actes de violence sexuelle pourraient constituer des crimes contre l’humanité. La plupart des incidents vérifiés sont attribués aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) et à des milices arabes, ainsi qu’aux Forces armées soudanaises (FAS) et à d’autres mouvements armés.
Viols collectifs
Près d’un quart des incidents documentés concernent des viols collectifs. Des cas d’agressions impliquant plusieurs auteurs ont été signalés, y compris une agression où au moins dix hommes ont violé une jeune fille. Le rapport mentionne également des cas d’esclavage sexuel, où au moins 85 femmes et jeunes filles ont été contraintes d’effectuer des tâches ménagères.
Le rapport fait état de 13 victimes décédées, la plus jeune ayant seulement neuf ans. De nombreuses autres ont souffert de complications médicales graves, exacerbées par le manque d’accès à des soins de santé appropriés.
Les femmes Masalit visées
Les violences sexuelles sont souvent commises en raison d’une affiliation présumée à des groupes spécifiques. Des victimes issues de l’ethnie Masalit ont rapporté que les agresseurs leur demandaient leur appartenance tribale avant de les violer. Face à cette situation alarmante, le HCDH appelle à des enquêtes rapides et impartiales sur ces actes de violence.
Frappes de drones et épidémie de choléra
Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) a exprimé des inquiétudes concernant l’escalade de la violence à El Obeid, où des attaques de drones ont ciblé des infrastructures essentielles. Ces attaques ont entraîné la fermeture de plusieurs établissements de santé, aggravant ainsi la crise humanitaire dans la région. Par ailleurs, une épidémie de choléra se propage, avec 700 cas et 60 décès enregistrés, selon des sources locales.
L’ONU et ses partenaires continuent de fournir des traitements contre le choléra et d’établir des centres de traitement.
Source : Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).
