Lois sur la fin de vie : l’essentiel est d’être au clair sur nos intentions
13 juillet 2026
Il aura donc fallu presque quatre ans pour que la société française parvienne à se doter d’une nouvelle législation sur la fin de vie. Depuis l’avis 139 du 13 septembre 2022 du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) qui a lancé la réflexion et la convention citoyenne qui l’a prolongée, jusqu’aux deux lois récemment votées (celle sur l’égal accès aux soins palliatifs et celle sur l’aide à mourir), de nombreux débats et tensions ont eu lieu, aboutissant à l’adoption d’une proposition proche de celle faite par le CCNE en 2022. Ce temps a été nécessaire pour surmonter trois obstacles majeurs.
Trois obstacles
D’abord, les opposants à l’évolution de la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016, qui ouvrait un droit à une sédation face à un pronostic vital engagé à court terme, estimaient que cette avancée réglait tous les problèmes. Cependant, certaines situations de souffrances réfractaires aux soins, présentes longtemps avant les derniers jours, restaient sans issue légale. L’avis du CCNE et de nombreux témoignages, notamment de patients atteints de la maladie de Charcot, ont ancré l’idée que ces personnes et leurs proches ne pouvaient être laissés dans une telle détresse.
Ensuite, des partisans de l’adoption d’une législation inspirée de celle de la Belgique et des Pays-Bas, qui ont légalisé l’euthanasie depuis plus de deux décennies, ont fondé leur action sur la défense de la dignité. L’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), qui revendique cette légalisation, a été confrontée à des critiques soulignant que la dignité ne devrait pas être réservée à l’euthanasie. La réflexion d’André Comte-Sponville a aidé à déplacer le débat vers celui de la liberté, permettant ainsi de discuter des droits individuels à disposer de soi-même.
Enfin, un obstacle pratique a dû être surmonté : il était jugé choquant d’ouvrir l’option « aide à mourir » aux patients en fin de vie si les soins palliatifs n’étaient pas accessibles. La première des deux lois récentes, adoptée le 26 mai 2026, a mis en place une « stratégie nationale de l’accompagnement et des soins palliatifs » avec de nouveaux moyens financiers pour garantir la qualité de l’offre sur tout le territoire. La seconde loi, votée le 15 juillet, impose au médecin d’informer le patient de son droit aux soins palliatifs.
L’euthanasie comme voie subsidiaire
La loi adoptée le 15 juillet a établi un équilibre entre autonomie et solidarité. Elle exclut les mineurs et les personnes non aptes à prendre une décision éclairée au moment de l’acte d’aide à mourir. L’euthanasie est considérée comme une option subsidiaire, n’étant légale que si le patient n’est pas en me de se donner la mort lui-même.
Quelles sont nos intentions ?
L’essentiel est d’être clair sur nos intentions, qu’elles soient déontologiques ou utilitaristes. La question se pose : l’intention des proches et des soignants qui accèdent à une demande d’aide à mourir relève-t-elle de la bienveillance ou d’un intérêt personnel ? Les conséquences de ces actions doivent également être prises en compte, notamment en ce qui concerne les souffrances des proches.
Michel Houellebecq a commenté cette loi en déclarant : « Nous entrons dans un monde où il sera plus facile de mourir ; j’aurais préféré un monde où l’on puisse vivre. » Cette réflexion soulève des questions sur la nature même de la fin de vie et sur l’importance d’un accompagnement respectueux et humain.
Source : CCNE, lois sur la fin de vie, 2026.
