L’Odyssée de Christopher Nolan : Les boucles d’oreilles antiques de Zendaya au cœur d’une polémique
En choisissant sa tenue pour l’avant-première mondiale de L’Odyssée, le nouveau film de Christopher Nolan consacré à la célèbre épopée grecque antique, l’actrice Zendaya ne se doutait probablement pas qu’elle se retrouverait au cœur d’une vive controverse liée au respect du patrimoine moyen-oriental. En cause : une paire de boucles d’oreilles composées de véritables artefacts archéologiques iraniens modifiés, qu’elle a portées lors de la soirée de dévoilement du péplum où elle incarne la déesse grecque Athéna.
Aujourd’hui considérée comme l’une des célébrités les plus influentes de la mode, notamment grâce à son styliste Law Roach, Zendaya adapte souvent ses tenues à l’univers des films qu’elle promeut, une tendance nommée « method dressing ». Pour l’avant-première de L’Odyssée, qui s’est tenue le 6 juillet dernier à l’Odeon Luxe Leicester Square à Londres, elle avait assorti une robe blanche Jacquemus à deux disques d’or remontés en boucles d’oreilles avec des diamants et de l’or 18 carats. Ces ornements, attribués au trésor de Ziwiyé et datés du VIIIe-VIIe siècle avant J.-C., représentent un motif solaire associé à la déesse mésopotamienne Ishtar.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs voix ont dénoncé un choix jugé malheureux dans le contexte actuel de tensions entre les États-Unis et l’Iran, ainsi que la longue histoire des pillages d’antiquités au Moyen-Orient. Certains spécialistes critiquent une attitude « orientaliste », qui utilise le patrimoine du Moyen-Orient comme accessoire de mode « remixé », sans prêter attention à la culture et à la zone géographique d’origine des pièces.
L’archéologue et créatrice de contenus Dr_Archaeology, dont une vidéo a été vue près de deux millions de fois en deux jours, estime que ces bijoux relèvent davantage de la « fétichisation du passé » que de la mise en valeur de l’art ancien. Selon elle, ce type de création contribue à banaliser un marché des antiquités souvent alimenté par des objets de provenance incertaine.
Le marchand londonien Charlie Barron, qui a fourni les boucles d’oreilles, affirme que ces pièces proviennent du célèbre trésor de Ziwiyé, découvert dans le nord-ouest de l’Iran à la fin des années 1940. Authentifiées par le marchand David Aaron, elles auraient été acquises par le joaillier Glenn Spiro en 2016 avant de rejoindre la collection de Barron en 2025.
Le galeriste as que les objets n’ont jamais été proposés à la vente et que leur remontage, réalisé sans altérer les artefacts, permet de les apprécier dans un usage proche de leur fonction originelle. « Notre intention n’était pas de commercialiser ces objets, mais de faire découvrir un remarquable exemple de l’artisanat perse », défend-il.
Cette affaire soulève une question récurrente : jusqu’où peut-on transformer des objets patrimoniaux en accessoires de luxe ou en outils de promotion, détournés de leur contexte ? En janvier dernier, la star Margot Robbie avait suscité des critiques en portant le Taj Mahal Diamond de Cartier, un bijou dont l’histoire est liée au passé colonial de l’Inde. Ces apparitions sur les tapis rouges alimentent un débat de fond sur l’appropriation culturelle, l’éthique du marché de l’art et la circulation d’un patrimoine souvent marqué par les spoliations.
Le film L’Odyssée lui-même n’échappe pas aux controverses. Jugé peu fidèle à l’univers d’Homère, son casting a suscité de vifs débats, notamment sur le choix de Lupita Nyong’o pour le rôle d’Hélène, ainsi que sur l’absence d’acteurs d’origine grecque, relançant ainsi les discussions sur la représentation des cultures étrangères par le cinéma hollywoodien.
Source : Beaux Arts