À bord de l'Ocean Viking: au cœur d’une Méditerranée de plus en plus mortelle

À bord de l’Ocean Viking : au cœur d’une Méditerranée de plus en plus mortelle

L’Ocean Viking, navire de l’organisation SOS Méditerranée, a lancé une nouvelle campagne de sauvetage en Méditerranée centrale, une des routes migratoires les plus périlleuses au monde. Ce départ, depuis le port de Syracuse, marque le début de plusieurs semaines de patrouille dans les eaux internationales, notamment au large de la Tunisie et de la Libye, à la recherche d’embarcations en détresse.

L’année 2026 pourrait devenir l’une des plus meurtrières en Méditerranée depuis 2014 pour les migrants en provenance d’Afrique. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 1 570 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée en seulement six mois. Ce chiffre pourrait être sous-estimé, l’équipage de l’Ocean Viking signalant que de nombreuses disparitions en mer ne sont pas comptabilisées.

Le navire, long de 69 mètres et arborant une coque rouge, a été transformé en bateau de recherche et de sauvetage par SOS Méditerranée en 2019, après avoir été utilisé sur des plateformes pétrolières en mer du Nord. À son bord, une clinique, des containers-refuges pour plusieurs centaines de rescapés, ainsi que des équipements d’urgence et trois canots à moteurs semi-rigides. L’équipage, composé d’une trentaine de membres, inclut des marins, des sauveteurs, des médecins, des logisticiens, et une équipe dédiée à l’accueil et à la protection des rescapés.

Avant chaque départ, l’Ocean Viking se prépare à divers scénarios d’urgence, avec des entraînements en mer. Rebecca, sage-femme et responsable de l’équipe médicale, souligne la dangerosité croissante de la Méditerranée : « La criminalisation permanente des ONG réduit notre capacité à patrouiller en mer et rend la traversée d’autant plus dangereuse pour les personnes exilées. »

En Méditerranée, les ONG toujours plus entravées

Les ONG qui affrètent des navires de sauvetage rencontrent des difficultés croissantes pour mener à bien leurs missions. Depuis l’arrivée de Giorgia Meloni à la tête du gouvernement italien en 2022, un environnement légal et sécuritaire de plus en plus répressif a été instauré. En février, un projet de loi a été signé, interdisant l’accès aux eaux territoriales italiennes pour les navires humanitaires en cas de « menace pour la sécurité nationale » ou de « pression migratoire ».

Le décret Piantedosi, mis en place en 2023, oblige les bateaux humanitaires à effectuer de longs détours pour débarquer les rescapés, les autorités italiennes leur attribuant souvent des ports au nord de l’Italie. Tanguy, chef des opérations de recherche et de sauvetage à bord de l’Ocean Viking, dénonce la situation : « Les capitaines se retrouvent dans des situations absurdes où ils doivent choisir entre deux crimes. »

Cette politique des « ports lointains » a conduit la flotte humanitaire à effectuer plus de 1 000 jours de navigation « inutile », en dehors des zones de recherche et de sauvetage, générant des millions d’euros en frais de carburant supplémentaires.

La menace grandissante des garde-côtes libyens

Les conditions météorologiques sont favorables pour l’Ocean Viking, qui entame sa 48ᵉ rotation en Méditerranée. Cependant, les garde-côtes libyens intensifient leurs patrouilles, forçant les embarcations à prendre des risques accrus. Depuis le début de 2026, ces autorités ont refoulé plus de 11 800 migrants vers le continent, selon l’OIM.

Depuis 2017, l’Italie, avec le soutien de l’Union européenne, a renforcé sa coopération avec les autorités libyennes, malgré des rapports de l’ONU signalant leur lien avec des milices et des groupes armés. Les ONG dénoncent cette externalisation de la politique migratoire européenne, considérée comme complice de violations des droits humains en Libye.

L’Ocean Viking attaqué

Le 24 août 2025, l’Ocean Viking a été attaqué par un patrouilleur des garde-côtes libyens alors qu’il se préparait à secourir une embarcation en détresse. Bien qu’aucun blessé ne soit à déplorer parmi les 87 migrants secourus, l’attaque a causé des dommages aux équipements de sauvetage.

Le traumatisme persiste à bord, avec des naufrages récents aggravant la crise méditerranéenne. Les discussions sur le nouveau Pacte européen pour les migrations se poursuivent, soulevant des inquiétudes sur la prise en charge des rescapés en Italie.

Malgré un cadre légal et sécuritaire de plus en plus contraignant, les membres de SOS Méditerranée continuent de croire en leur mission. Angelo Selim, coordinateur de la mission, souligne l’importance de ne pas perdre de vue l’humanité derrière ces chiffres : « Il existe des voies plus pragmatiques et constructives pour gérer cette situation. »

Source : RFI

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