« Liwa Ya Emery » : Franco Luambo chante l’assassinat de Patrice Lumumba en RDC
En janvier 1961, les partisans de Patrice Lumumba, Premier ministre congolais, sont confrontés à une tragédie. Après son exécution le 17 janvier 1961, son corps est dissimulé par ses assassins, qui croient ainsi pouvoir effacer son souvenir. Cependant, une chanson de Franco Luambo, intitulée « Liwa ya Emery », vient contrarier leurs plans et permet de maintenir la mémoire de Lumumba vivante.
Le 2 décembre 1960, Lumumba est arrêté par des soldats, les mains liées dans le dos. Son pouvoir avait déjà été contesté par le colonel Mobutu, qui l’avait écarté du gouvernement quelques mois plus tôt. L’exécution de Lumumba, suivie de la dissolution de son corps dans l’acide, vise à effacer toute trace de son existence.
Dans ce contexte sombre, Franco Luambo, musicien de 32 ans, compose « Liwa ya Emery », qui signifie « La mort d’Emery » en lingala, Emery étant le deuxième prénom de Lumumba. Chanter en hommage à Lumumba représente un risque considérable à Léopoldville, où ses partisans sont traqués. Malgré cela, Franco, touché par la mort de son mentor, décide de mettre son émotion en musique.
Les chansons lentes, appelées boléros, sont le choix de Franco pour exprimer des messages forts. Les paroles de « Liwa ya Emery » ne désignent pas directement les responsables de l’assassinat, bien que l’implication de Mobutu soit déjà perceptible.
Cinq ans plus tard, Mobutu, devenu président, déclare Lumumba « héros national » le 30 juin 1966, dans un geste politique visant à unifier un pays profondément divisé. Ce revirement stratégique s’accompagne d’une nouvelle chanson de Franco, qui, désormais proche du pouvoir, s’adapte aux circonstances tout en cherchant à surpasser son rival musical, Tabu Ley Rochereau.
Ainsi, « Liwa ya Emery » demeure pour de nombreuses générations de Congolais un symbole de résistance et de mémoire, malgré l’absence de justice pour les assassinats de Lumumba. Cette chanson est devenue le tombeau que ses assassins avaient tenté de lui refuser.
Source : RFI


