L’industrie suisse de l’armement face aux exigences des fonds européens pour la défense

L’industrie suisse de l’armement et les fonds européens
char armee
Un char français de type Leclerc sur l’autoroute suisse A13 lors d’un exercice conjoint, le 8 mai 2025 à Reichenau. Gian Ehrenzeller / Keystone

Le gouvernement suisse souhaite un partenariat de sécurité et de défense avec l’Union européenne. Mais Bruxelles est-elle prête à suivre ?

<div class="article-meta-row spacious"> <p> <span class="article-datedatetime" datetime="2026-09-13T08:53:00+02:00"> 13 septembre 2026 - 08:53 </time> </p></div> <p>Malgré sa neutralité, la Suisse a toujours assumé son ancrage dans le camp occidental. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, elle s’est rapprochée de ses partenaires occidentaux, notamment en rejoignant l’initiative «European Sky Shield» et en renforçant sa coopération avec l’OTAN.</p> <p>L’an dernier, le gouvernement suisse a annoncé son intention d’entamer des discussions avec l’Union européenne (UE) pour établir un partenariat de sécurité. À l’été 2026, le Parlement a donné mandat au Conseil fédéral pour mener de premiers entretiens. Si ces discussions exploratoires s’avèrent prometteuses, il décidera ensuite d’un éventuel mandat de négociation concret.</p> <p>Le partenariat envisagé par le gouvernement pourrait prendre la forme d’un «Security and Defence Partnership» (SDP). Il s’agit principalement d’accords politiques et de déclarations d’intention, explique Gesine Weber, experte en sécurité et défense au Center for Security Studies (CSS) de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ): «On s’engage ainsi à approfondir le dialogue et à renforcer la coopération stratégique.»</p> <p>Depuis 2022, l’UE a renforcé sa coopération avec des pays tiers dans les domaines de la sécurité et de la défense. À ce jour, l’UE a signé douze partenariats de ce type avec des pays variés, dont le Royaume-Uni, l’Inde et le Ghana.</p> <p>L’UE a déjà établi des partenariats de défense avec des États européens non membres, tels que la Norvège et le Royaume-Uni, ainsi qu’avec des partenaires internationaux comme le Canada et l’Inde. Ces partenariats visent à solidifier la coopération existante et à approfondir les liens dans le secteur de l’industrie de l’armement.</p> <p>Pour renforcer sa défense, l’UE prévoit que ses États membres investissent 800 milliards d’euros (750 milliards de francs) d’ici à 2030. La Suisse souhaite également participer à ce projet.</p> <h2 class="wp-block-heading" id="h-une-opportunite-pour-l-industrie-de-l-armement-suisse">Une opportunité pour l’industrie de l’armement suisse</h2> <p>La Suisse, en tant que pays neutre avec une armée, accorde une grande importance à son industrie de l’armement, qui a pu financer une partie de ses activités grâce aux ventes réalisées auprès de partenaires européens. Depuis l’invasion russe en Ukraine, Berne se trouve toutefois confrontée à un dilemme.</p> <p>La Suisse interdit la réexportation de son matériel de guerre vers des États belligérants, ce qui a entraîné une crise de confiance avec les partenaires de l’UE et des conséquences concrètes sur les exportations, rendant les équipements militaires suisses peu attractifs.</p> <p>Cette situation a suscité des remous dans le monde politique suisse. Les règles régissant l’exportation de matériel de guerre ont été révisées. Selon Martin Pfister, le conseiller fédéral en charge de la défense, le partenariat de sécurité avec l’UE pourrait permettre à la Suisse de mieux participer aux marchés d’armement paneuropéens.</p> <p>Lors des débats parlementaires concernant ce partenariat, Martin Pfister a déclaré : «Si nous pouvons effectuer des acquisitions en Europe avec d’autres pays, celles-ci seront également moins coûteuses grâce aux économies d’échelle. Cela ouvre des perspectives pour notre propre industrie.»</p> <h2 class="wp-block-heading" id="h-les-interets-de-l-ue-et-ceux-de-la-suisse">Les intérêts de l’UE et ceux de la Suisse</h2> <p>La question de l’ouverture de l’UE à un partenariat avec la Suisse reste en suspens. Au printemps, la porte-parole de l’UE, Anita Hipper, a indiqué que la Suisse pourrait prétendre à un partenariat, en précisant que la Commission européenne serait intéressée par des accords qui servent les intérêts politiques et stratégiques de l’UE.</p> <p>Du côté suisse, l’aspect commercial a été souligné. Compte tenu des capacités de recherche de la Suisse, la coopération en matière de politique d’armement pourrait être particulièrement intéressante pour l’UE.</p> <p>La Suisse est bien positionnée dans le secteur des drones, et le Département fédéral de la défense a récemment annoncé vouloir en faire une priorité stratégique. Les hautes écoles et l’industrie devraient également être associées à cette démarche.</p> <p>À la fin septembre, le peuple suisse se prononcera sur une initiative concernant la neutralité, qui vise à supprimer certaines sanctions. Le gouvernement s’oppose à cette initiative, qui pourrait soulever des questions à Bruxelles.</p> <p>La votation populaire sur les Bilatérales III, le paquet d’accords actualisé avec l’UE, est prévue pour 2027. La conclusion d’un éventuel partenariat de défense interviendra probablement plus tard.</p> <p><em>Article original en allemand relu et vérifié par Benjamin von Wyl, traduction en français par Zélie Schaller / ptur</em></p>

Source : Swissinfo.ch

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