Sous Donald Trump, la liberté d’expression perdue des scientifiques
Le monde avait été sidéré, il y a un peu plus d’un an, par les nouvelles règles s’appliquant aux demandes de financement des scientifiques américains. Il était désormais impossible d’écrire des mots faisant référence au genre, à l’orientation sexuelle, à la justice sociale ou encore aux inégalités hommes-femmes, sous peine de voir les crédits refusés. Plus récemment, l’administration Trump a proposé de refondre le mode d’allocation des budgets pour les conditionner « au respect des priorités du président ».
Avec cette réforme, les dossiers présentés par les équipes de chercheurs ne seraient plus examinés par d’autres scientifiques, comme c’était le cas jusqu’ici, mais par des responsables politiques qui superviseraient les décisions des agences de financement. Le monde de la recherche a exprimé son soulagement lorsque le Sénat a adopté, le 8 août, un texte permettant de bloquer ce projet controversé. Cependant, la menace demeure, car il ne s’agit que d’une première étape dans le processus complexe qui doit aboutir à la fixation du prochain budget des États-Unis.
Les chercheurs se montrent prudents quant à la nécessité d’une telle réforme pour placer sous contrôle une large partie de la communauté scientifique américaine. Des demandes d’interviews par L’Express ont révélé une tendance inquiétante : de nombreux scientifiques refusent de s’exprimer sur la politique de l’administration Trump, en particulier en matière de recherche. Un scientifique a même déclaré qu’il serait ravi de répondre à des questions, mais uniquement à condition de ne pas évoquer Trump ou la politique de la nouvelle administration.
Certains chercheurs acceptent de parler sous couvert de l’anonymat, tandis que d’autres évitent de discuter des thèmes sensibles, de peur de voir leurs subventions suspendues ou supprimées. Cette situation est d’autant plus paradoxale que, lors d’un discours à Munich en février 2025, le vice-président américain J.D. Vance avait critiqué les gouvernements européens pour avoir muselé la liberté d’expression.
Source : L’Express



