Le dernier secret du Zodiac : l’IA a-t-elle identifié le plus célèbre tueur en série d’Amérique ?
Depuis presque soixante ans, le tueur en série Zodiac hante l’imaginaire californien. Malgré des milliers de suspects et des décennies d’enquête, son identité n’a jamais été établie. Aujourd’hui, un enquêteur indépendant affirme avoir résolu l’énigme grâce à l’intelligence artificielle, qui l’aurait aidé à décrypter un message codé resté jusque-là insoluble. Dans cette enquête du “Sunday Times”, son hypothèse relance une autre affaire mythique, celle du Dahlia noir.
Il est tard, en cette soirée de la fin septembre 2024, et Alex Baber manque dangereusement de sommeil. Assis sur son lit, à son domicile quelque part en Virginie-Occidentale, il a le sentiment qu’il est sur le point de boucler ce qui pourrait être une des plus grandes enquêtes de tous les temps. À l’aide d’un programme d’intelligence artificielle qu’il a développé et de données de recensement récemment rendues publiques, Baber est persuadé qu’il a découvert l’identité du plus tristement célèbre des tueurs en série à avoir échappé à la justice en Amérique : Zodiac. S’étant lui-même baptisé le “Zodiac”, il a terrorisé le nord de la Californie à la fin des années 1960, tué au moins cinq personnes, et n’a cessé de provoquer les autorités en envoyant des lettres et des messages codés à la presse locale.
Une lettre au “San Francisco Chronicle”
Âgé de 50 ans, Baber dirige une petite équipe d’enquêteurs amateurs, les Cold Case Consultants of America (CCCoA), et il a passé des mois à tenter de déchiffrer un indice contenu dans une lettre du tueur adressée au San Francisco Chronicle en avril 1970. La lettre en question disait :
“C’est le Zodiac qui vous parle. Au fait, est-ce que vous avez déchiffré le dernier code que je vous ai envoyé ? Mon nom est…”
Suivait une succession mystérieuse de treize lettres et symboles en bas de la note, aujourd’hui répertoriée en tant que Z13, qui a résisté aux meilleurs casseurs de codes du monde pendant plus d’un demi-siècle. Et maintenant, Baber a apparemment résolu l’énigme et réduit la liste des candidats à un seul nom, de treize lettres : Marvin Merrill.
Ce n’est pas fini. Au fil de son enquête, Baber a fini par se convaincre que son suspect était également l’auteur d’un autre meurtre de sinistre renommée qui a eu lieu vingt ans avant ceux du Zodiac : celui d’Elizabeth Short, une jeune femme qui rêvait de devenir actrice et que les journaux de l’époque avaient surnommée le “Dahlia noir”.
Deux des affaires de meurtres jamais élucidées les plus connues d’Amérique, qui ont engendré l’une et l’autre des dizaines de livres et de films – et la possibilité qu’il s’agisse d’un seul et même coupable. “Je bondis sur place et je suis là à me dire, genre, putain de merde, je crois qu’on le tient ! Ça ne peut être que lui,” raconte Baber. “Maintenant, il faut qu’on le prouve.”
Le premier meurtre officiellement commis par le Zodiac se produit le 20 décembre 1968, quand deux lycéens, Betty Lou Jensen, 16 ans, et David Faraday, 17 ans, sont abattus alors qu’ils sont garés près d’un panorama sur une route de gravier, le chemin des Amoureux, à Benicia, dans le nord de la Californie. Dans sa lettre aux journaux des environs, le Zodiac décrit l’arme qu’il a utilisée : un pistolet semi-automatique de calibre 22.
Se moquer des autorités
Entre décembre 1968 et octobre 1969, un tueur inconnu sème la terreur dans le nord de la Californie. Il cible d’abord de jeunes couples garés sur des “Lovers’ Lanes”, ces chemins ou parkings isolés où les amoureux se retrouvent en voiture à l’abri des regards. Betty Lou Jensen et David Faraday, deux adolescents, sont abattus, puis Darlene Ferrin est tuée tandis que Mike Mageau survit pour raconter un assassin silencieux.
Quelques mois plus tard, le meurtrier change de mode opératoire : vêtu d’une cagoule d’exécuteur ornée d’un symbole en forme de collimateur, il ligote puis poignarde Bryan Hartnell et Cecelia Shepard au bord du lac Berryessa. Enfin, il assassine le chauffeur de taxi Paul Stine à San Francisco et envoie aux journaux des fragments de sa chemise ensanglantée.
Se faisant appeler “Zodiac”, il transforme ses crimes en défi lancé à la police et aux médias. Des années plus tard, dans sa dernière lettre adressée au San Francisco Chronicle en 1974, il affirmera avoir tué trente-sept personnes. Les enquêteurs, eux, ne lui attribuent avec certitude que cinq meurtres.
Baber s’intéresse aux affaires criminelles depuis son plus jeune âge, en partie à cause de l’héritage familial. En effet, des jeunes ouvriers itinérants ont disparu sur l’exploitation de son grand-père en Floride dans les années 1970. Ce contexte personnel a nourri sa passion pour la criminologie.
En 2021, avec l’argent d’un héritage et de rares dons d’associations de défenseurs des victimes, il fonde CCCoA. Au début, il n’y a que Baber et quelques experts médico-légaux. Il s’attaque aux affaires qui l’intéressent le plus, mais le Zodiac continue de le hanter.
L’IA comme outil d’enquête
Baber concentre son attention sur les messages codés envoyés par le tueur, notamment le code Z13. Il développe un programme d’intelligence artificielle capable d’analyser des données de recensement et d’autres documents publics pour identifier de véritables noms en treize lettres correspondant aux caractères répétés dans le message.
Il croise ces données avec les caractéristiques connues du Zodiac, éliminant ainsi 94 % des candidats. Après neuf mois de travail acharné, il ne reste qu’un nom : Marvin Merrill, un suspect qui a déjà été mentionné dans le cadre d’autres enquêtes.
Baber a récemment contacté un membre de la famille de Merrill, qui a confirmé des similitudes entre l’écriture du Zodiac et celle de son père. Les révélations de Baber continuent de susciter un vif débat parmi les experts et les passionnés de l’affaire, certains soutenant qu’il pourrait avoir trouvé un lien entre le Zodiac et le Dahlia noir.
Conclusion
L’enquête d’Alex Baber marque un tournant potentiel dans la résolution de ces affaires non résolues, utilisant des outils modernes pour analyser des éléments du passé. Les autorités examinent actuellement les nouvelles preuves, espérant que ces avancées permettront enfin de clore ces chapitres sombres de l’histoire criminelle américaine.
Source : Sunday Times, Los Angeles Times



