L’IA, tueuse d’emplois ? Ce rapport dément, mais pointe du doigt un phénomène inquiétant
Non, l’intelligence artificielle (IA) n’est pas la grande faucheuse d’emplois que certains redoutaient. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient de publier ses Perspectives de l’emploi 2026, et les marchés du travail semblent tenir bon. Toutefois, l’institution souligne un phénomène qui commence à susciter des inquiétudes.
Les Perspectives de l’emploi de l’OCDE, publiées le 7 juillet, font le point sur les marchés du travail des 38 pays membres au premier trimestre 2026. Le constat est plus nuancé que le récit ambiant de l’IA qui élimine des emplois à la chaîne. Le taux d’emploi dans la zone OCDE s’élève à 72,1 %, tandis que le taux d’activité atteint 76,7 %, des niveaux records ou proches de leurs plus hauts historiques.
72 % d’emploi, 4,9 % de chômage : les chiffres douchent les prophètes de l’apocalypse
Les marchés du travail des pays de l’OCDE ont continué de résister en 2025 et au début de 2026. Les prévisions les plus alarmistes évoquaient une vague de destructions d’emplois due à l’automatisation, mais celles-ci ne se sont pas matérialisées. Le taux de chômage moyen reste stable à 4,9 % en mai 2026. Bien que deux tiers des pays membres enregistrent une légère augmentation, celle-ci reste marginale. L’IA redessine les marchés localement, avec des pertes d’emplois dans certaines régions du secteur manufacturier, tandis que d’autres créent des emplois dans les services, sans provoquer la rupture généralisée annoncée.
Des enquêtes menées par l’OCDE auprès des travailleurs des secteurs manufacturier et financier de sept pays révèlent des résultats contre-intuitifs. Quatre travailleurs sur cinq affirment que l’IA a amélioré leurs performances, et trois sur cinq rapportent une augmentation de leur plaisir au travail. Cependant, l’adoption de l’IA par les entreprises reste faible en moyenne, nuançant ainsi les craintes et les espoirs.
Mais votre diplôme vous protège moins bien qu’avant, et l’OCDE ne sait pas trop pourquoi
Un aspect préoccupant du rapport 2026 concerne les jeunes diplômés universitaires, qui sont de plus en plus exposés au chômage par rapport aux autres travailleurs. Cette tendance, qui s’est accentuée depuis plusieurs années, avait déjà été identifiée dans une étude d’OpenAI sur l’impact de l’IA sur l’emploi en Europe. L’OCDE précise que cette tendance a commencé bien avant l’essor de l’IA générative, soulignant que « les causes profondes sont plus complexes ».
L’OCDE observe un phénomène sans en connaître précisément les ressorts. Cela pourrait résulter d’une dévalorisation des diplômes généralistes face à des marchés exigeant des compétences de plus en plus spécifiques, ou d’un déséquilibre entre l’offre croissante de jeunes diplômés et la raréfaction des postes d’entrée de carrière due à l’IA. Par ailleurs, un tiers des pays de l’OCDE affichent des salaires réels inférieurs à leur niveau d’il y a cinq ans, et les disparités géographiques au sein des pays aggravent les inégalités d’accès à un emploi de qualité.
La Banque de France a également mesuré un retard des entreprises françaises par rapport à la zone euro en matière d’adoption de l’IA. Le rapport économique de l’OCDE consacré à la France, publié le 30 juin, appelle à une accélération de cette adoption. La question se pose donc non pas de savoir si l’IA tue des emplois, mais plutôt de déterminer lesquels, à quel rythme, et pour qui en premier.
Source : OCDE