L’IA : la stratégie, clé de la création de valeur pour les entreprises
Pour Sylvain Duranton, directeur mondial de BCG X, l’obsession des entreprises pour l’outil au détriment de la stratégie est problématique. L’accent a souvent été mis sur l’adoption des outils d’intelligence artificielle (IA) et les gains de productivité qui en découlent. Cependant, selon le Boston Consulting Group (BCG), il est crucial de dépasser cette simple accumulation d’outils.
Une productivité sous-exploitée
La quatrième édition de l’étude « AI at Work » réalisée par le BCG, qui a interrogé 12 000 salariés, révèle que les entreprises performantes sont celles qui offrent à leurs employés une stratégie IA claire. Pourtant, la mise en œuvre stratégique reste souvent insuffisante. Par exemple, 52 % des répondants déclarent gagner au moins 8 heures par semaine, soit l’équivalent d’une journée de travail. Cependant, ces gains ne sont pas uniformément répartis : les dirigeants en profitent à hauteur de 60 %, les managers à 52 %, tandis que les employés de première ligne ne bénéficient que de 42 %. De plus, 60 % des employés affirment n’avoir reçu aucune directive sur la réallocation de ce temps, et 58 % des opérationnels ne réinvestissent pas ces heures dans des tâches à haute valeur ajoutée.
Vers une redéfinition des processus
Le BCG souligne que fournir des outils sans rediriger l’effort humain limite la transformation productive. Pour pérenniser la création de valeur par l’IA, les organisations doivent passer du mode « déploiement » aux phases de « refonte » et « invention ». Les données de l’étude montrent une maturation des entreprises : le déploiement d’outils est passé de 72 % à 78 % entre 2025 et 2026, et la refonte des processus a progressé de 50 % à 57 %. L’invention de nouveaux modèles commerciaux a également bondi de 22 % à 42 %.
Une adoption inégale et des défis géographiques
L’étude évoque également la fin du « plafond de silicium », un seuil qui limitait l’utilisation de l’IA aux dirigeants. L’usage régulier de l’IA chez les opérationnels a augmenté de 23 points, atteignant 74 %. Cependant, des asymétries géographiques persistent, avec des pays du Sud Global, comme l’Inde et le Moyen-Orient, en avance sur des nations comme la France, les États-Unis et l’Italie, qui accusent un retard d’un an.
Un paradoxe de l’intégration de l’IA
Malgré les bénéfices, l’intégration de l’IA engendre des paradoxes. Bien que 57 % des utilisateurs rapportent une augmentation de la satisfaction au travail, cela s’accompagne d’une pression accrue et d’une complexité des tâches, un phénomène décrit comme « Brain Fry ». Les employés ressentent souvent une augmentation de leur charge de travail, et l’IA peut rendre le travail de vérification plus contraignant. Pour garantir le bien-être au travail, le management doit non seulement alléger les tâches ingrates, mais aussi fournir une vision stratégique à long terme.
Source : BCG, étude « AI at Work ».

