LFI propose l’effacement partiel de la dette : enjeux et réactions politiques.

Décryptage. Promesse miracle, débat explosif… Peut-on effacer une partie de la dette, comme le réclame LFI ?

Promesse miracle, débat explosif… Peut-on effacer une partie de la dette, comme le réclame LFI ?

C’est un sujet qui refait surface alors que la rentrée politique est dominée par des questions économiques. L’insoumis Jean-Luc Mélenchon relance une de ses propositions phares : l’annulation d’une partie de la dette publique française. Plus précisément, il s’agit des 18 % détenus par la Banque de France pour le compte de la Banque centrale européenne (BCE), soit environ 600 milliards d’euros. Cette dette provient des titres d’État massivement rachetés par la BCE lors de la crise des dettes européennes et de la crise du Covid.

Mélenchon décrit cette annulation comme « un simple jeu d’écriture […] qui ne coûterait rien ». L’objectif serait de desserrer l’étau budgétaire et de redonner à la France des marges de manœuvre, notamment pour investir. Pendant la crise sanitaire, le mouvement plaidait déjà pour cette annulation, conditionnée à un réinvestissement des sommes annulées dans la transformation écologique. Jézabel Couppey-Soubeyran, maîtresse de conférences en économie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, soutient que les leviers techniques pour cela sont « tout à fait imaginables », sans déstabiliser la BCE ni l’économie française.

Le mur de la BCE

Cependant, cette proposition ne fait pas l’unanimité parmi les économistes et les politiques. Mathieu Plane de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) évoque un « coup de baguette magique » qui se heurte à des obstacles institutionnels. Pour mettre en œuvre une telle annulation, il faudrait l’accord unanime des pays membres de la zone euro et une modification des règles qui encadrent la BCE.

Plane précise que même si Mélenchon était président, il ne pourrait pas annuler la dette sans sortir de la zone euro. Le consensus au niveau de l’Eurosystème est crucial, et un changement de cap de la part des voisins européens et de la BCE semble peu probable.

Une « boîte de Pandore » ?

Plane s’inquiète également des signaux envoyés aux marchés. Effacer une partie de la dette pourrait donner l’impression que l’État peut décider unilatéralement de ne pas rembourser certains créanciers, ce qui pourrait entraîner une crise de crédibilité de la BCE, une montée de l’inflation et une augmentation de la « prime de risque », c’est-à-dire des taux plus élevés exigés par les investisseurs pour prêter à la France. Il met en garde : « On risque d’affoler tout le monde et, en définitive, de ne rien gagner. »

Jézabel Couppey-Soubeyran est moins alarmiste. Elle relativise le risque inflationniste en précisant que ce ne serait pas une création monétaire, mais une non-destruction monétaire. Ce débat sur la dette intervient alors que le taux d’emprunt français a récemment franchi la barre symbolique des 4 %, un niveau inédit depuis 2009.

Source : DNA

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