
Une autre France est-elle possible ? Le programme de La France insoumise répond oui
À l’heure où la politique française semble souvent réduite à la gestion des crises successives, La France insoumise propose une autre voie : ne plus simplement corriger les conséquences du système actuel, mais en modifier les règles.
Avec l’édition 2025 de L’Avenir en commun, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon défend un projet qui revendique explicitement une rupture avec l’ordre économique, social et écologique dominant. Le programme est organisé autour de quatre grandes transformations : révolution citoyenne, partage des richesses et renforcement de l’entraide, bifurcation écologique et nouvelle politique internationale.
Ce choix donne au programme une caractéristique essentielle : ses mes ne sont pas pensées comme une succession de promesses isolées. Elles forment un ensemble politique cohérent, avec une même idée directrice : redonner davantage de pouvoir aux citoyens, au travail et aux services publics face au pouvoir du capital et aux logiques de marché.
La VIe République comme point de départ

Pour comprendre LFI, il faut commencer par les institutions.
Le mouvement considère que la Ve République concentre excessivement le pouvoir entre les mains du président et propose de passer à une VIe République.
Le programme prévoit notamment la réunion d’une Assemblée constituante, l’abolition de ce que LFI appelle la « monarchie présidentielle », davantage d’intervention populaire et une transformation profonde des institutions.
L’objectif n’est donc pas simplement d’élire une nouvelle majorité.
Il s’agit de modifier la manière dont le pouvoir politique fonctionne.
Dans cette conception, le citoyen ne doit plus être appelé à intervenir principalement au moment du scrutin. Il doit pouvoir participer davantage à la décision publique.
Cette proposition répond à une crise démocratique que les abstentions, la défiance envers les institutions et le sentiment de distance entre gouvernants et gouvernés ont progressivement installée dans le pays.
Pour LFI, le problème n’est donc pas seulement de savoir qui gouverne, mais aussi comment le peuple peut reprendre du pouvoir sur les décisions qui le concernent.
Partager davantage les richesses

Le deuxième pilier du programme est économique.
LFI assume une politique de redistribution beaucoup plus importante que celle menée depuis plusieurs décennies.
La réforme fiscale constitue l’un des instruments centraux de cette stratégie. Le programme prévoit notamment une fiscalité plus progressive, une réforme de l’impôt sur le revenu, le rétablissement et le renforcement de l’ISF, une taxation accrue des patrimoines les plus importants, une réforme de la fiscalité des successions et une lutte renforcée contre l’évasion fiscale.
La logique est simple : ceux qui disposent de la plus grande capacité contributive doivent davantage participer au financement de la collectivité.
LFI entend ainsi déplacer une partie du poids fiscal du travail vers le capital et les patrimoines les plus élevés.
C’est une orientation profondément différente de celle qui consiste à considérer la baisse de la fiscalité du capital comme un moyen prioritaire de stimuler l’investissement.
Pour les Insoumis, la question centrale est celle du partage.
Qui produit la richesse ?
Qui la reçoit ?
Qui décide de son utilisation ?
Et quelle part revient à la collectivité ?
Le SMIC à 1 600 euros net : remettre le travail au centre

L’une des propositions les plus immédiatement identifiables du programme est le passage du SMIC à 1 600 euros net mensuels.
LFI propose également l’indexation des salaires sur l’inflation, une revalorisation des rémunérations des apprentis et alternants et une conférence sociale générale consacrée aux salaires.
Le raisonnement politique est limpide : lorsqu’une personne travaille à temps plein, elle doit pouvoir vivre correctement de son salaire.
Le programme veut également réduire les écarts de rémunération et revaloriser les métiers du soin, du lien et du contact, largement occupés par des femmes.
Cette orientation place le travail au cœur du projet économique.
LFI refuse ainsi une conception dans laquelle la compétitivité reposerait principalement sur la modération salariale.
Elle défend au contraire l’idée qu’une hausse des revenus populaires peut soutenir la consommation, améliorer les conditions de vie et contribuer à relancer l’activité.
Retraite à 60 ans : revenir sur une réforme devenue symbole d’une fracture sociale

La retraite constitue l’un des dossiers les plus emblématiques.
LFI défend le retour à 60 ans, avec 40 annuités, et entend garantir une retraite digne après une carrière complète. Le programme s’inscrit explicitement dans l’opposition aux réformes des retraites menées sous Emmanuel Macron et Élisabeth Borne.
Pour les Insoumis, une société qui augmente continuellement la durée du travail alors que la productivité progresse et que les métiers restent très inégalement pénibles commet une erreur de répartition.
La question n’est donc pas seulement comptable.
Elle est aussi politique :
combien de temps une personne doit-elle travailler avant de pouvoir profiter de sa retraite ?
LFI répond en privilégiant le temps libre et la dignité des retraités.
Le financement constitue évidemment un débat majeur. Mais cela ne doit pas masquer le choix politique effectué : faire de la retraite un droit lié à une vie de travail plutôt qu’un mécanisme constamment repoussé au nom de l’équilibre budgétaire.
Travailler moins pour vivre mieux

Cette philosophie se retrouve dans le chapitre consacré au travail.
LFI défend la réduction du temps de travail, la semaine de 35 heures et, dans certaines situations, la possibilité d’aller vers les 32 heures.
Le programme s’intéresse également aux métiers pénibles, au travail de nuit, aux congés et aux conditions de travail.
L’idée est de rompre avec une conception du progrès qui merait uniquement la réussite à l’aune du PIB.
Produire davantage n’a de sens, selon cette logique, que si cela améliore aussi la vie quotidienne.
Le temps gagné peut devenir :
- du temps familial ;
- du temps associatif ;
- du temps culturel ;
- du temps de repos ;
- du temps citoyen.
La richesse d’une société ne se résumerait donc plus à la quantité de marchandises produites.
Des services publics plutôt que toujours davantage de marché

L’un des fils rouges du programme est le retour d’un État capable d’asr des missions considérées comme fondamentales.
Éducation, santé, transports, énergie, logement, petite enfance : LFI considère ces domaines comme relevant largement de l’intérêt général.
Cette logique apparaît également dans la volonté de renforcer ou de reconstruire des pôles publics dans des secteurs stratégiques.
Le programme entend ainsi remettre en question certaines privatisations et renforcer la maîtrise publique de secteurs considérés comme essentiels.
La question posée est volontairement provocatrice :
tout ce qui est rentable doit-il nécessairement être confié au marché ?
Pour LFI, la réponse est non.
Lorsqu’un secteur touche directement à l’intérêt général, la rentabilité financière ne doit pas être le seul critère de décision.
La petite enfance et l’éducation : investir avant de réparer

Le projet insoumis considère l’éducation comme une infrastructure essentielle de la République.
L’école, l’université, la recherche et la petite enfance occupent donc une place importante dans le programme.
La France est confrontée à une réalité simple : les inégalités sociales apparaissent très tôt.
Agir sur l’éducation signifie donc agir sur les inégalités avant qu’elles ne deviennent presque impossibles à corriger.
LFI défend parallèlement un enseignement supérieur davantage fondé sur la coopération et le service public, dénonçant la précarité étudiante, le manque de places et la concurrence entre établissements.
Le projet repose ici sur une conviction : l’éducation n’est pas une dépense comme une autre.
C’est un investissement collectif.
Une économie tournée vers la production française

LFI ne propose pas uniquement de redistribuer.
Le programme veut également produire davantage en France.
Réindustrialisation, relocalisation, conditionnement des aides publiques, contrôle de certains investissements et développement des secteurs stratégiques constituent les principaux outils de cette stratégie.
Le mouvement considère que les décennies de désindustrialisation ont rendu la France dépendante de chaînes de production étrangères.
La crise sanitaire, les tensions géopolitiques et les difficultés d’approvisionnement ont renforcé cette interrogation.
Pourquoi dépendre de l’étranger pour des produits stratégiques lorsque la France possède encore une importante capacité industrielle, scientifique et technologique ?
La réponse de LFI est la souveraineté productive.
L’énergie : le pari du 100 % renouvelable

Sur l’écologie, le programme assume une transformation considérable.
LFI défend l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables en 2050, accompagné d’une politique de sobriété et d’efficacité énergétique.
Le programme prévoit également des mes concernant la rénovation énergétique, les bâtiments tertiaires, les réseaux et l’organisation des usages de l’énergie.
Cette orientation s’accompagne d’une volonté de renforcer la planification écologique.
L’écologie n’est donc pas conçue comme une simple addition de comportements individuels.
Elle devient une politique industrielle.
L’État doit planifier, investir, orienter et coordonner.
La « règle verte » : changer la définition du progrès

La philosophie écologique du programme va encore plus loin.
LFI veut faire de la protection des équilibres naturels une contrainte politique fondamentale.
La logique de la « règle verte » consiste à ne pas prélever davantage sur la nature que ce qu’elle peut reconstituer.
C’est une rupture conceptuelle.
Pendant des décennies, les politiques publiques ont principalement cherché à augmenter la production puis à réduire ses effets négatifs.
LFI inverse la logique :
les limites écologiques doivent déterminer ce qu’il est possible de produire.
Cette conception explique l’importance donnée à la planification, à l’agriculture écologique, aux transports collectifs, à la rénovation énergétique et à la protection des biens communs.
Agriculture : produire autrement

Le programme défend également une transformation de l’agriculture.
LFI critique le modèle agro-industriel et veut favoriser une agriculture écologique et paysanne, en mettant l’accent sur la souveraineté alimentaire, la protection des écosystèmes et la réduction de la dépendance aux pesticides.
Le sujet est particulièrement stratégique.
La souveraineté alimentaire signifie qu’un pays doit pouvoir nourrir sa population sans dépendre excessivement de chaînes d’approvisionnement qu’il ne maîtrise pas.
Le modèle agricole devient ainsi un enjeu à la fois :
- écologique ;
- économique ;
- sanitaire ;
- territorial ;
- stratégique.
La santé : remettre la Sécurité sociale au centre

Autre transformation majeure : la santé.
LFI défend notamment le principe du 100 % Sécurité sociale, ainsi que la reconstruction de l’hôpital public et un renforcement de l’accès aux soins.
L’objectif est de réduire le reste à charge et de faire de la santé un droit effectivement accessible à tous.
Cette orientation s’accompagne d’une volonté de renforcer la médecine de proximité, la prévention et les services publics de santé.
La logique est celle d’une santé considérée comme un bien commun.
Le programme considère donc que la situation financière d’une personne ne devrait pas déterminer sa capacité à se soigner correctement.
Une autre conception de la propriété

Le chapitre consacré à la propriété révèle l’une des dimensions les plus profondes du programme.
LFI défend l’idée que certains biens fondamentaux doivent être considérés comme des biens communs.
L’eau, l’énergie ou certaines infrastructures essentielles ne devraient pas être gouvernées uniquement selon la logique de la propriété privée.
Cela pose une question fondamentale :
peut-on considérer qu’un bien indispensable à la vie doit appartenir à tout le monde ?
LFI répond positivement.
Cette approche explique sa volonté de renforcer les pôles publics et de remettre en cause certaines privatisations.
Une France plus indépendante sur la scène internationale

Le programme propose également une réorientation géopolitique.
LFI défend une politique étrangère davantage indépendante, une sortie du commandement intégré de l’OTAN puis une sortie de l’organisation, ainsi qu’un renforcement de l’autonomie de la défense française.
L’objectif affiché est de permettre à la France de disposer d’une politique étrangère qui ne soit pas systématiquement alignée sur les choix de Washington.
Pour les Insoumis, l’indépendance diplomatique ne signifie pas l’isolement.
Elle signifie que la France doit pouvoir décider seule de ses engagements militaires, de ses alliances et de ses priorités diplomatiques.
L’Europe : le bras de fer assumé

C’est probablement le dossier le plus spectaculaire du programme.
LFI propose un plan A, fondé sur une rupture négociée avec les traités européens actuels afin d’obtenir de nouvelles règles compatibles avec les objectifs sociaux et écologiques du programme.
Mais le mouvement prévoit également un plan B.
Si les négociations échouent, LFI annonce vouloir appliquer son programme en France et assumer la confrontation avec les institutions européennes lorsque certaines règles européennes empêcheraient son application.
Cette stratégie est importante parce qu’elle montre que LFI ne considère pas les règles européennes comme intouchables.
Pour ses défenseurs, il s’agit d’un moyen de reprendre la capacité d’action nécessaire pour mener une politique sociale et écologique ambitieuse.
Pour ses opposants, cette stratégie comporte un risque important de conflit juridique et politique avec l’Union européenne.
Mais sur le plan politique, une chose est claire :
LFI ne propose pas de gouverner la France en s’adaptant systématiquement aux règles existantes. Elle propose de chercher à modifier ces règles.
Ce que LFI veut réellement changer

Pris séparément, le SMIC à 1 600 euros, la retraite à 60 ans, la rénovation énergétique ou la réforme fiscale peuvent sembler être des mes distinctes.
Une fois réunies, elles dessinent cependant une architecture beaucoup plus ambitieuse.
Le projet peut être résumé en six orientations :
1. Redonner du pouvoir au peuple
Avec la VIe République et une démocratie plus participative.
2. Redonner du pouvoir au travail
Avec des salaires plus élevés, davantage de droits et une réduction du temps de travail.
3. Redonner du pouvoir aux services publics
Avec une présence accrue de l’État dans les secteurs essentiels.
4. Redonner du pouvoir à la planification
Avec une stratégie industrielle et écologique pilotée sur le long terme.
5. Redistribuer davantage
Avec une fiscalité fortement progressive.
6. Renforcer la souveraineté
Dans l’industrie, l’énergie, l’alimentation, le numérique, la défense et la diplomatie.
Le vrai débat n’est donc pas : « LFI veut-elle dépenser davantage ? »

La question mérite d’être posée autrement.
Oui, le programme implique une intervention publique beaucoup plus importante.
Mais LFI ne présente pas cette intervention comme une simple accumulation de dépenses.
Elle la présente comme un changement d’allocation des ressources.
Davantage d’argent pour :
- les salaires ;
- les retraites ;
- les services publics ;
- l’école ;
- la santé ;
- l’écologie ;
- l’industrie.
Et davantage de prélèvements sur :
- les patrimoines les plus élevés ;
- certains revenus du capital ;
- les grandes entreprises ;
- les superprofits ;
- les successions importantes.
C’est donc un choix de société.
Un programme ambitieux qui assume ses zones de confrontation

Il serait intellectuellement malhonnête de présenter L’Avenir en commun comme un projet sans difficulté.
Son financement constitue un débat central.
La retraite à 60 ans représente un enjeu budgétaire considérable.
Le passage à une économie fortement planifiée suppose une administration capable de conduire cette transformation.
La transition vers 100 % renouvelable nécessite des investissements massifs.
La réforme des institutions soulève des questions constitutionnelles majeures.
Et le plan B européen pourrait provoquer une confrontation institutionnelle importante.
Mais ces difficultés ne rendent pas automatiquement le programme incohérent.
Elles montrent surtout qu’il s’agit d’un projet de rupture, et non d’un programme destiné à modifier quelques lignes budgétaires.
Pourquoi ce programme peut séduire une partie croissante de la gauche

Le succès potentiel de LFI repose finalement sur une idée très simple :
beaucoup de Français ne demandent plus seulement que le système fonctionne un peu mieux. Ils veulent savoir s’il fonctionne encore pour eux.
Quand le salaire ne suit plus le coût de la vie, quand les services publics disparaissent de certains territoires, quand l’accès aux soins devient compliqué, quand la retraite paraît toujours plus lointaine et quand la transition écologique semble être demandée principalement aux citoyens ordinaires, le discours de rupture trouve un terrain favorable.
LFI propose précisément de répondre à ce sentiment par une transformation globale.
Son programme ne promet pas simplement de gérer la France autrement.
Il promet de changer les priorités de la République.
L’Avenir en commun : une vision politique avant d’être une addition de mes

L’édition 2025 de L’Avenir en commun est présentée par LFI comme le fruit d’un processus construit depuis plusieurs années, enrichi par des contributions citoyennes, des groupes thématiques, des travaux parlementaires et ceux de l’Institut La Boétie. Le site officiel rappelle également que le programme a servi de base aux plateformes communes de la NUPES en 2022 et du Nouveau Front populaire en 2024.
Ce qui ressort de la lecture des différents chapitres est surtout une cohérence.
La France insoumise ne propose pas simplement davantage d’État.
Elle propose un État différent.
Un État qui planifie plutôt qu’il ne laisse faire.
Qui protège plutôt qu’il ne privatise.
Qui redistribue plutôt qu’il ne baisse les prélèvements sur les plus riches.
Qui investit dans les services publics plutôt que de considérer leur coût comme le principal problème.
Et surtout, un État qui devrait être davantage contrôlé par les citoyens.
Conclusion : changer de cap plutôt que changer de conducteur

L’Avenir en commun porte une ambition considérable.
Elle peut être contestée, discutée, chiffrée, amendée. Certaines propositions soulèvent des difficultés économiques ou juridiques réelles. D’autres nécessiteraient des négociations européennes complexes.
Mais une chose ne peut pas être reprochée au programme : ne pas savoir où il veut aller.
Il veut une République plus parlementaire.
Une fiscalité plus redistributive.
Des salaires plus élevés.
Une retraite à 60 ans.
Des services publics renforcés.
Une économie davantage planifiée.
Une industrie relocalisée.
Une bifurcation écologique.
Une agriculture plus autonome.
Une santé davantage prise en charge collectivement.
Une diplomatie plus indépendante.
Et une France qui entend reprendre davantage de contrôle sur ses choix économiques et politiques.
C’est une rupture.
C’est précisément pour cela que le programme suscite autant de débats.
Mais derrière les polémiques quotidiennes, son ambition fondamentale reste simple à comprendre :
ne plus demander aux citoyens de s’adapter à un système présenté comme inévitable, mais changer le système pour qu’il réponde davantage aux besoins humains, sociaux et écologiques.
LFI appelle cela « L’Avenir en commun ».
Ses adversaires y voient une transformation trop coûteuse ou trop risquée.
Ses partisans y voient au contraire une possibilité rare : celle de remettre la politique au service d’un projet collectif plutôt que de simplement administrer les renoncements.
Et c’est probablement là que se situe le véritable choix proposé aux Français.


