Un vocabulaire transnational aux mains des extrêmes droites
Un paradoxe caractérise le champ de bataille rhétorique sur lequel s’affrontent les différentes forces politiques à travers le monde : les groupes d’extrême droite semblent être les plus aptes à élaborer un vocabulaire transnational, visant une diffusion large de leurs idées. Ce phénomène est observé tant aux États-Unis, sous l’influence de figures comme Donald Trump, qu’en Espagne avec Vox, et en France à l’approche des élections présidentielles. Le Grand Continent publiera, jusqu’au 20 août, une série d’analyses sur ce langage, dirigée par le spécialiste de l’extrême droite Steven Forti.
Dans ce vocabulaire, plusieurs expressions, devenues presque banales, émergent : « État profond », « déclin de l’Occident », « crise de la masculinité », « religion climatique », et « islamo-gauchisme ». On y retrouve également des mots-valises anglo-saxons, tels que cuckservative, qui désigne des Républicains jugés trop modérés face à l’agenda trumpiste. En Espagne, Vox a adapté ce terme en accusant le Parti populaire de jouer les « derechitas cobardes », ou « petites droites trouillardes ».
Paradoxalement, les plus nationalistes utilisent un vocabulaire international
L’analyse de Steven Forti révèle que ce vocabulaire circule à l’échelle internationale. Les partis qui prônent le nationalisme sont paradoxalement ceux qui intègrent le plus facilement des mots d’ordre venus d’ailleurs. Le langage, avec ses subtilités, exprime une vision du monde qui enrichit la lecture des programmes politiques. Par exemple, Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, a évoqué la nécessité d’« inonder la zone de merde », illustrant une méthode visant à saturer l’espace médiatique avec des contenus souvent trompeurs.
Une appropriation linguistique insidieuse
Steven Forti met également en lumière des expressions moins tapageuses, mais tout aussi influentes, qui s’imposent progressivement dans le langage courant. Ces mots peuvent servir à écarter le centre politique, perçu comme trahi et faible, en imposant un cadre lexical radical. Une expression comme « ordre naturel des choses » peut sembler inoffensive, mais elle véhicule des idées de hiérarchie entre les sexes et les peuples, se présentant comme une évidence que seuls des idéologues contesteraient.
Conclusion
L’apprentissage de ce vocabulaire pourrait s’avérer essentiel pour comprendre les dynamiques de pouvoir et de discours en cours. Le vocabulaire des extrêmes droites, en apparence anodin, peut en réalité masquer des intentions plus radicales.
Source : Le Grand Continent
