Climat : face à la grogne de l’industrie, l’Europe révise son marché du carbone

Climat : l’Europe révise son marché du carbone face à la grogne de l’industrie

La Commission européenne a proposé, vendredi, d’assouplir sa tarification du carbone, une me qui répond aux préoccupations de l’industrie chimique allemande ainsi qu’à celles de certains pays d’Europe centrale et de l’Italie. Ces concessions, soumises à l’examen des Vingt-Sept et des eurodéputés, marquent le début de négociations qui devraient s’étendre sur plusieurs mois.

Globalement, l’industrie européenne pourra émettre du CO2 pendant une période prolongée et à un coût réduit par rapport aux prévisions antérieures. Les industriels qui s’engagent dans un processus de décarbonation bénéficieront d’une prolongation des quotas carbone gratuits, dont la suppression totale est désormais prévue pour 2038, au lieu de 2034 dans le cadre actuel. De plus, à partir de 2036, les entreprises auront la possibilité d’acheter des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l’UE, ce qui comptera dans la réduction de leurs émissions.

Pour maintenir ses ambitions climatiques, l’Union européenne a également annoncé un objectif « indicatif » d’électrification de son énergie, visant à ce que l’électricité représente 46 % de sa consommation finale d’énergie d’ici 2040, soit le double de la part actuelle, qui stagne autour de 23 %. Cette stagnation s’explique par le coût élevé de l’électricité comparé à celui du gaz et par la difficulté de l’Europe à abandonner les combustibles fossiles, notamment dans le secteur du chauffage des bâtiments et des transports.

Confrontés à une crise énergétique exacerbée par le conflit au Moyen-Orient et à une canicule historique, les défenseurs de l’environnement insistent pour que l’UE maintienne des ambitions climatiques élevées. Cependant, ces deux dernières années, Bruxelles a tendance à privilégier les préoccupations industrielles, face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane américains.

La réforme du carbone, initialement prévue, est devenue un enjeu politique et idéologique. Les partisans des quotas d’émissions, tels que l’Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, s’opposent à des pays comme la Pologne, la République tchèque et l’Italie, qui ont des économies plus carbonées. Dans ce contexte, la France pourrait jouer un rôle clé dans les négociations, en cherchant à préserver un quota d’émissions carbone fort pour valoriser son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Enfin, la Commission a proposé que les revenus issus du marché du carbone soient davantage orientés vers la décarbonation de l’industrie, ce qui n’est pas le cas actuellement. Une extension prudente du marché du carbone à de nouveaux secteurs est également envisagée, avec une intégration graduelle du secteur des incinérateurs de déchets. En revanche, la Commission a renoncé à intégrer directement les vols internationaux à son marché du carbone, en raison de la pression des compagnies aériennes et des réticences de certains États, dont la France.

(Source : Le Télégramme)

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *