L’Europe intensifie ses efforts pour envoyer des astronautes dans l’espace.

Vols spatiaux habités en Europe: «Envoyer des astronautes dans l'espace a toujours revêtu une forte symbolique»

Emmanuel Macron a exprimé son espoir de voir la capsule cargo européenne Nyx s’amarrer à la Station spatiale internationale « dans deux ans », lors du premier sommet international sur l’espace qui s’est tenu à Paris le 10 septembre. L’atterrisseur européen Argonaut devrait se poser sur la Lune « dans cinq ans », tandis qu’un véhicule habité du Vieux Continent pourrait « décoller de Kourou avec à son bord des astronautes européens et d’autres nations » « dans dix ans ». Cette ambition de pouvoir envoyer des êtres humains dans l’espace par ses propres moyens n’est pas nouvelle en Europe.

RFI: Le président français et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ont relancé l’ambition d’un vol spatial habité 100% souverain. S’agit-il d’une rupture stratégique ou d’une rengaine? Cela rappelle le projet de navette européenne Hermès, abandonné au début des années 1990 pour des raisons budgétaires.

Paul Wohrer: Il y a un effet d’annonce, car on parle d’une ambition à dix ans. Même si cela ne sera pas effectif immédiatement, cela s’inscrit dans un mouvement général visant à relancer le dialogue et la coopération dans le domaine spatial, à une époque où la compétition entre grandes puissances s’intensifie sur les piliers économique, défense et science.

Économiquement, la concurrence, notamment américaine, complique le développement d’entreprises dans le secteur spatial. Sur le plan de la défense, la guerre en Ukraine a mis en lumière l’importance des capacités spatiales contemporaines. L’exploration et la science, historiquement des champs de coopération, deviennent également des terrains de compétition, surtout avec la course à la Lune.

Il s’agit donc de mettre en avant de grandes ambitions dans l’espace, qui nécessitent encore concrétisation et financement, tout en promouvant la coopération entre pays partageant des valeurs communes. Le projet Ariane 6 symbolise cette coopération européenne.

Personne ne doute des capacités d’Ariane 6 à propulser des êtres humains dans l’espace. Mais cela vaut-il le coup?

Le vol habité est avant tout un affichage politique. Envoyer des astronautes dans l’espace a toujours revêtu une forte symbolique. Dans les années 1960, le programme Apollo était le symbole d’une compétition entre l’URSS et les États-Unis. Actuellement, la Station spatiale internationale représente la coopération entre anciens ennemis.

Nous sommes dans un moment géopolitique où la compétition entre les États-Unis et la Chine se renforce, entraînant une course à l’espace qui laisse parfois les Européens sur le côté. La Nasa a récemment annoncé l’annulation d’une station orbitale lunaire à laquelle participaient les Européens. La mise en avant d’une coopération dans les vols habités vise à réaffirmer que la coopération spatiale est une valeur fondamentale.

Hélène Huby, PDG de la société The Exploration Company, entourée de gauche à droite par Daniel Neuenschwander, directeur de l'exploration humaine et robotique à l'Agence spatiale européenne, François Jacq, président de l'agence spatiale française (Cnes), et de Josef Aschbacher, directeur général de l'ESA, lors du premier sommet spatial international de Paris, le 10 septembre 2026.
Hélène Huby, PDG de la société The Exploration Company, entourée de gauche à droite par Daniel Neuenschwander, directeur de l’exploration humaine et robotique à l’Agence spatiale européenne, François Jacq, président de l’agence spatiale française (Cnes), et de Josef Aschbacher, directeur général de l’ESA, lors du premier sommet spatial international de Paris, le 10 septembre 2026. AFP – LOU BENOIST

Tandis que la start-up allemande Isar Aerospace vient de réussir le premier vol orbital d’une fusée entièrement privée sur le continent, Emmanuel Macron a mis en avant Hélène Huby, dirigeante de The Exploration Company, qui porte le projet de capsule cargo Nyx. L’Europe se dirige-t-elle vers un système type « new space » à l’Américaine? Quelle sera la place de l’Agence spatiale européenne (ESA) dans ce contexte?

Les acteurs privés jouent un rôle croissant dans l’exploration spatiale et la conception de véhicules habités, comme l’a montré l’évolution des programmes de la Nasa. Cependant, l’Europe doit réfléchir à son modèle et à l’autonomie accordée à des entreprises comme The Exploration Company, ainsi qu’aux questions de financement, qui demeurent floues.

Cela passe-t-il par une augmentation du budget de l’ESA?

Des estimations évoquent une possible augmentation de 10 à 15% du budget de l’ESA, mais cela doit être confirmé lors de la conférence ministérielle de 2028. Un intérêt politique marqué et l’engagement des partenaires européens seront cruciaux pour la viabilité d’un projet aussi ambitieux.

Les programmes d’envoi d’hommes dans l’espace, comme le programme Artemis de la Nasa, se font-ils à perte?

C’est une question complexe. Pour la Russie, cela a longtemps été une source de revenus, alors que pour SpaceX, la Nasa finance une partie significative des sièges. Cela représente un coût pour le contribuable américain.

Au sommet sur l’espace à Paris, la gouvernance mondiale spatiale au cœur des échanges

Source: RFI

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