L’erreur métaphorique de l’Europe : un langage belliqueux en temps de crise
Bien qu’elle ne soit pas techniquement en guerre, l’Union européenne (UE) se trouve dans un état de conflit armé, notamment dans la manière dont elle perçoit sa propre situation. Le langage militariste est omniprésent à Bruxelles, où les responsables et commentateurs semblent incapables d’aborder l’économie et d’autres sujets sans recourir à des métaphores guerrières.
Des affirmations telles que les États-Unis et la Chine « gagnent du terrain » sur l’Europe, ou que les sanctions occidentales « dévastent » l’économie russe, illustrent cette tendance. Les exportations chinoises sont décrites comme « ravageant » le tissu industriel européen, tandis que les droits de douane imposés par l’ancien président américain Donald Trump « frappent de plein fouet » les exportateurs de l’UE.
Les prescriptions politiques reflètent également ce militarisme. Le secteur de la défense doit être « renforcé », la sécurité économique « consolidée », et le « bazooka commercial » de Bruxelles pourrait être utilisé. Ce langage, bien que compréhensible dans le contexte des conflits en cours, n’est pas justifiable.
Les métaphores guerrières sont souvent absurdes. Par exemple, les droits de douane sont généralement payés par les importateurs, et non par les exportateurs. Une étude de l’Institut Kiel a révélé que 96 % de la charge douanière des taxes de Trump a été supportée par les consommateurs et les entreprises américains. Cela soulève la question de savoir qui est réellement affecté par ces mes.
La tendance à considérer tout sous un angle militariste, comme une « compétition » à somme nulle, pourrait aggraver les problèmes que ce cadre prétend résoudre. Paul Krugman, économiste lauréat du prix Nobel, avait déjà averti que cette obsession de la compétitivité pouvait conduire à des conflits commerciaux, voire à une guerre commerciale mondiale.
En somme, l’usage constant d’un langage belliqueux à Bruxelles pourrait avoir des conséquences néfastes sur la perception et la gestion des défis économiques actuels, notamment dans un contexte mondial déjà troublé.
Source : Euractiv.
